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Impact de l’élection de Donald Trump sur l’économie algérienne

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le 14.11.16 | 10h00 Réagissez

Il est connu depuis fort longtemps qu’il y a toujours un décalage entre les déclarations des politiciens durant les campagnes électorales et les décisions matérialisées sur le terrain, après la victoire.

Cependant, les programmes des candidats sont toujours des pistes sur les priorités des différentes politiques sectorielles, et nous suggèrent quelques orientations des événements. Gérer c’est prévoir. Nos décideurs ont à formuler des réflexions sur des scénarios dans lesquels va évoluer notre pays. Il est devenu tautologique de dire que nous vivons dans un village et que la globalisation implique que toute décision d’un pays impactera le reste du monde ; surtout lorsqu’il s’agit de la première superpuissance économique mondiale.

Donald Trump sera le président des Etats-Unis et le Président élu a un programme économique multisectoriel avec des conséquences énormes, d’abord sur son propre pays et ensuite sur le reste du monde. Tous les aspects économiques se trouveraient impactés : l’énergie, les échanges commerciaux, l’environnement, l’inflation mondiale et le reste.  Il est intéressant d’essayer de décrypter les événements et d’estimer les impacts probables sur l’économie nationale.

Eléments saillants du programme économique de Trump

Il est facile de deviner les orientations économiques de l’équipe des économistes du Président élu Donald Trump. Ce sont des partisans de l’économie de l’offre. Ronald Reagan avait des conseillers similaires qui lui prodiguaient les mêmes orientations économiques. Il s’agit de ce qu’on appelle «L’économie de l’offre». Selon cette doctrine, il faut réduire les impôts pour les entreprises, débureaucratiser, améliorer le climat des affaires et le tissu économique va tellement investir et créer tellement d’emplois et de richesse que la croissance économique va être boostée.

La nouvelle équipe prévoit au moins 4% de croissance économique (elle est inférieure à 2% actuellement). La croissance réduirait le chômage, produirait davantage d’impôts pour l’Etat et permettra de réduire la dette et de moderniser progressivement les infrastructures: les routes, les aéroports, les universités, etc. La recherche et le développement profiteraient également des fruits de la croissance économique. Il y a beaucoup de débats sur la question entre économistes et on doit épargner aux lecteurs les aspects techniques. Mais on se demande toujours dans quelles circonstances une telle démarche réussit ?

Plusieurs options doivent être analysées. Certaines sont beaucoup plus proches du discours populiste que d’une réalité économique palpable. Il ne faut pas oublier que le Président élu vient du monde des affaires et n’a aucune expérience politique. Parfois, les pratiques du monde des affaires ne sont pas acceptables dans le domaine des relations internationales. Par exemple, il a suggéré de payer la dette américaine avec une décote, pratique souvent mise en œuvre par les entreprises en difficulté. C’est à dire nous ne pouvons récupérer que 30 à 40% des réserves investis en bons du Trésor. A nous de voir. Peut-être faut-il créer un fonds d’investissement et placer une grande partie dans les entreprises internationales. Mais cette proposition est politiquement impossible. Une autre terrible nouvelle attend les environnementalistes. Donald Trump fait partie d’une infime minorité qui ne croit pas que le réchauffement climatique soit d’origine humaine. Il serait un phénomène cyclique naturel qui survient périodiquement sur le long terme. Il serait prêt à se retirer de la COP21 qui, pourtant, ne préconisait que des décisions minimales (laisser la température moyenne mondiale augmenter de 2 degrés uniquement).


D’autres implications aussi importantes

Nous n’allons pas détailler les nombreuses autres facettes du programme économique du candidat élu. Faire payer à l’OTAN les prestations des USA et démanteler le programme d’assurance maladie mis au point par le président Obama vont bouleverser l’échiquier politique national et international. De plus, de graves tensions sont à craindre avec la Chine. Le Président élu veut gommer le déficit de la balance commerciale (plus de 700 milliards de dollars) avec une taxe de 45% sur les produits chinois. Il est à craindre un retour du repli sur soi de 1913 qui avait accentué les crises entre les différents pays. Mais un programme économique qui veut réduire les taxes (pour les riches), moderniser les infrastructures et payer la dette est-il crédible ? Le programme similaire du président Reagan fut qualifié de «Vaudou Economics» (sorcellerie économique) par des économistes keynésiens. Mais l’expérience de Reagan ne fut pas tout à fait concluante.

On a eu droit à une croissance qui a repris mais de courte durée, et de toute façon elle allait venir, car  la récession de l’époque était due au choc pétrolier de 1981. Mais la grande différence entre les deux périodes est qu’à l’époque de Reagan les entreprises avaient de faibles marges bénéficiaires, les reconstituer donna l’opportunité aux hommes d’affaires d’investir plus. Actuellement, les entreprises américaines (contrairement à la France) ont des marges record. Mais la situation de la classe moyenne n’est pas reluisante. Alors donner de l’argent à ceux qui en ont le plus va-t-il sortir le pays d’affaire ? Pour notre pays, la mauvaise nouvelle viendra surtout du domaine énergétique.

Le Président élu veut réduire substantiellement les normes environnementales pour permettre aux entreprises qui produisent du charbon, du gaz et du pétrole de schiste de booster leur production. Il sera donc moins coûteux de produire en abondance ces sources d’énergie, ce qui jouera dans le sens de la baisse des prix. Les producteurs pourraient alors s’en sortir avec 40 à 60 dollars, surtout après la baisse de coûts récente. Alors il faut s’attendre à une période de dégradation de l’environnement et une baisse des prix de l’énergie. Nous devons résister quatre ans de plus. La croissance de 4% aux USA ne peut être que de courte durée.

La destinée de notre pays dépend de plus en plus de la réussite d’une diversification d’une économie hors hydrocarbures. Nous avons un horizon budgétaire sur trois ans. Il devient de plus urgent d’avoir un plan à long terme, qui inclut les dispositions pour améliorer la productivité. Avec les nouveaux développements internationaux, le marché de l’énergie s’assombrit chaque jour. A nous de travailler ensemble pour réussir le pari de l’émergence en situation défavorable.

 

Abdelhak Lamiri
 
 
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