Chroniques Repères éco
 

Formation privée en Algérie : l’analyse des experts

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 10.04.17 | 12h00 Réagissez


De nombreuses réflexions sont concernée. Il est bien établi statistiquement que la qualité de l’éducation d’un pays constitue le facteur-clé de succès n° 1 des réussites économiques dans le monde. Chiffres à l’appui, cette hypothèse a été maintes fois prouvée par les institutions internationales et les investigations les plus sérieuses.

Les recherches de l’OCDE ont mis en évidence une corrélation très forte entre le classement des pays - mesuré par la méthode PISA - et la croissance économique. Alors, il serait intéressant d’examiner le débat d’experts qui a eu lieu ces dernières semaines sur la formation privée en Algérie. Déjà, l’orientation des controverses montre que nous sommes très en retard sur ces questionnements. Partout dans le monde, lorsqu’on débat une telle question, on essaye de répondre à l’interrogation suivante : «Que devons-nous faire pour améliorer l’enseignement privé à tous les niveaux (scolaire, universitaire, formation professionnelle, etc.) ? On en est encore à poser une question du genre :

Étes-vous pour où contre la formation privée en Algérie ?

Expériences internationales et ce qu’on peut en tirer
Une majorité d’experts a apporté une contribution importante au débat. Leur position est que l’éducation est un domaine sensible. L’ouverture au privé doit se faire avec beaucoup de prudence et de contrôle. Beaucoup de bonnes idées furent émises pour ériger un secteur privé de formation de haut niveau. Nous sommes tout à fait d’accord avec cette position. Rigueur, contrôle, concertations, transparence, etc., doivent être vigoureusement observés. Une minorité d’experts s’est prononcé sur le désir d’évincer totalement le secteur privé de la formation, surtout universitaire. Les raisons évoquées furent les suivantes :

1. Le secteur privé algérien n’est pas encore mûr. Il ne cherche que les profits à court terme. Par conséquent, on ne peut lui confier l’éducation

2. Nous avons eu des expériences malheureuses avec l’éducation nationale. Il faut donc arrêter le processus.
J’ai participé à de nombreuses expériences de montage d’institutions supérieures privées dans le monde et je mesure combien ces analyses sont intuitives et amateurs. Ils n’ont rien de professionnel. Je donnerai quelques éléments pour éclairer le lecteur. En premier lieu, tous les pays de la planète disposent d’institutions supérieures privées, y compris la Corée du Nord (université libre de Pyongyang). Comment expliquer que la Mauritanie, le Mali, le Togo et tous les pays disposent d’un secteur privé de niveau acceptable et en Algérie on ne peut pas l’avoir. C’est une insulte à nos privés, dont certains ont prouvé sur le terrain qu’ils peuvent ériger des entreprises de classe mondiale.


S’inspirer des pratiques d’ailleurs : importance et vigilance

En second lieu, nos analystes ne savent pas que tous les privés sont les mêmes dans toute la planète : ils cherchent le maximum de profits à court terme. Pour les analystes qui sont économistes, c’est encore plus grave car ils n’ont pas assimilé les conclusions de toute une école (Public Choice Theory) couronnées par un prix Nobel de Peter Buchanan en 1978. Je donne un exemple pour montrer l’aberration du raisonnement. Supposons qu’en Italie, un homme d’affaires trouve une opportunité d’importer un bateau de chewing- gum et le revendre en une semaine et empocher 100 millions de dollars.

Selon nos analystes, cet homme d’affaires va dire non, je ne fais pas l’opération, je ne suis pas un business man algérien, moi je travaille uniquement sur le long terme. Je vais donc investir dans l’agriculture bio. S’il ne le fait pas, c’est parce qu’il ne peut pas (compétition rude dans l’import et la distribution en Italie), ce n’est pas parce qu’il ne veut pas. Beaucoup de gens font cette confusion et accablent nos privés alors que le vrai problème demeure dans la régulation et la mise en place de mécanismes pour canaliser les efforts et les capacités du privé. Keynes parle de l’esprit animal des investisseurs qu’il faille canaliser, réguler et contrôler pour en tirer le meilleur pour le pays. Tous les privés sont partout les mêmes dans tous les pays. Mais les Etats intelligents savent les orienter, les contrôler et en tirer le meilleur.

L’enseignement supérieur privé représente 35% du total mondial et on prévoit qu’il atteindra 55% en 2025. Les meilleures universités mondiales sont privées (Harvard, Stanford, MIT etc.). Beaucoup de pays, y compris nos voisins, ont développé un secteur privé supérieur de très haut niveau. Pourquoi serions-nous incapables ? Le deuxième élément d’analyse concerne l’expérience dans le domaine de l’éducation. Il y aurait encore une performance insuffisante. Ceci est fort probable. Mais nos experts doivent connaître la dynamique d’évolution des institutions. Partout où on a agréé des institutions de formation privée, on a eu des contre-performances au début.

Par la suite, avec l’expérience dans la régulation et une meilleure circulation de l’information, le secteur se normalise. Nous avons connu cette expérience en Algérie avec la formation professionnelle. Dès l’ouverture du secteur, au début des années 1990, nous avons eu des centaines d’écoles ouvertes avec des performances assez faibles. Progressivement, avec une meilleure régulation et l’effet de marché (des milliers d’écoles ont été fermées par les services de tutelle ou par le marché, insuffisance d’élèves). Le secteur privé de formation professionnelle actuellement a des performances très acceptables. Certaines de ses écoles furent les premières à être certifiées qualité ISO 9001 en Afrique. Les audits effectués par la tutelle et les instances internationales montrent qu’on a un secteur de qualité. Il faut des incitations et des crédits pour qu’il aille vers d’autres créneaux (électronique, mécanique, etc.). Il y a beaucoup de choses à améliorer, mais nous avons un secteur performant.

Ce qui nous reste à faire

La vraie question est comment réguler un secteur privé d’enseignement supérieur pour avoir des établissements de classe mondiale dans quelques années. Ceci est à notre portée. Si on analyse les expériences internationales, il y a quatre conditions essentielles dès lors que l’on veille à avoir une régulation de qualité qui puisse nous permettre de prétendre développer un secteur privé de classe mondiale. Le monopole public a rarement produit des performances de qualité. Les classements internationaux (PISA, DAVOS) situent nos institutions de formation parmi les 10% derniers.

Des dizaines de pays (Russie, Ukraine, Tunisie, etc.) viennent drainer nos jeunes au sein de leurs secteurs de formation privée. En Tunisie, dont la loi sur le sujet remonte uniquement à 2006, le secteur privé universitaire draine plus de 18 000 africains dont 3700 algériens. Nous pouvons facilement avoir nous aussi un secteur exportateur de services. Mais nous devons être ambitieux et mettre en place les conditions de réussite d’un secteur privé dynamique. La première condition concerne les concertations. Il faut que notre administration détermine un canal de concertations permanentes entre l’administration et les opérateurs. La deuxième concerne la professionnalisation de la branche.  Il faut des exigences strictes en matière pédagogique et d’encadrement (le récent cahier des charges enseignement supérieur est bon pour cette disposition).

Troisièmement, il faut une transparence totale : chaque année classer les instituts en fonction de leurs performances pour les scores réalisés lors des tests dans les instituts publics (les parents vont choisir les bons instituts et pousser à la sortie les mauvais). La quatrième condition est l’exigence progressive de qualité : par exemple, exiger des certifications ISO dès la troisième année de fonctionnement, etc. Il y a de nombreux autres mécanismes qui, bien utilisés, permettraient à l’Algérie d’avoir un secteur de formation de classe mondiale. Il faut débattre de ces considérations-là plutôt que de prendre ses intuitions, ses idées subjectives et ses préjugés pour des vérités universelles. Le privé algérien – comme tous les privés de la planète - peut être un désastre ou un secteur de classe mondiale ; tout dépend de la manière dont il est régulé.


 

Abdelhak Lamiri
 
le dessin du jour
LE HIC MAZ

Mes infographies

El Watan Magazine

impact journalism days

 

Indépendance Algérie

 

El Watan Etudiant

Chroniques
Point zéro Repères éco

Vidéo

Débats d'El Watan

Débats d'El Watan

Suivre El Watan

FacebookFacebook       TwitterTwitter
Télévision
Télérama       Télé Alger TV Algérie