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Faut-il avoir peur du chômage ou de l’inflation ?

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le 06.03.17 | 12h00 Réagissez


Les économistes considèrent depuis de longues décennies que l’inflation et le chômage sont les fléaux les plus craints par les décideurs et les citoyens. Il y a de nombreuses autres tares auxquelles font face fréquemment les gouvernements : les déficits budgétaires excessifs et continus, les déséquilibres structurels des balances de paiement, l’accroissement des inégalités, le nivellement vers le bas des taux de croissance et les problèmes environnementaux liés aux modèles économiques suivis ne sont qu’un échantillon des difficultés auxquelles font face les citoyens et les responsables. Mais c’est l’inflation et le chômage qui se taillent la part de lion dans les débats économiques.

Dans notre pays, un taux d’inflation mensuel de 8% en décembre dernier a déclenché un tollé général au niveau de la presse. On a lu toutes sortes de commentaires qui ont sérieusement inquiété de nombreux citoyens. Par ailleurs, un début de hausse du chômage qui repasse au-dessus de la barre des 10% a tout aussi alarmé les commentateurs. Faut-il avoir peur de l’un, de l’autre ou des deux ? Dans la vaste majorité des pays développés, l’inflation est généralement sous contrôle ces dernières années. Les Banques centrales fixent des objectifs de 2% ou moins et réussissent à les atteindre.

On peut dire que globalement on maîtrise mieux l’inflation que le chômage. Des pays comme la France, l’Espagne, le Portugal, etc. ont peu de problèmes avec la flambée des prix, mais arrivent difficilement à contenir un taux de chômage qui a dérapé depuis la crise des subprimes. La Grèce est un cas spécifique, où des problèmes structurels graves se greffent sur les deux problèmes. Mais dans l’ensemble, nous n’avons pas un bloc homogène. D’un côté, nous avons des pays qui arrivent à des performances satisfaisantes sur les deux fronts : comme l’Allemagne et la Suède. Mais nous avons un second bloc, où les politiques économiques n’ont pas permis d’avoir un niveau d’emploi satisfaisant. Les séquelles de la crise de 2007 sont encore vivaces.

Problèmes spécifiques aux pays en voie de développement

Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, les modèles théoriques dont nous disposons sont très utiles pour comprendre la situation des différents pays. Malheureusement, nous ne pouvons ni les détailler ni les évoquer pour mieux cerner le fond du problème. Mais nous allons utiliser en filigrane leurs mécanismes d’analyse et surtout leurs conclusions lorsqu’elles sont pertinentes. En premier lieu, ce qui nous intéresse c’est surtout le cas de notre pays. Quelles seraient les évolutions possibles de ces deux fléaux ? Car une économie en voie de développement, disposant d’une rente qui s’épuise, fonctionne très différemment d’une économie émergente ou développée. Il faut donc recentrer les analyses sur des spécificités nationales. De surcroît, en période de détérioration des termes de l’échange, un ajustement réussi induit des conséquences différentes sur les court, moyen et long termes. Alors quels seront les défis les plus importants à relever et comment réduire les risques liés à ces fléaux importants ? La riposte du gouvernement explique en partie les premiers résultats.

Dès lors que l’action principale pour réduire le déficit de la balance des paiements était de diminuer, à travers l’instauration de quotas, l’importation de produits jugés peu nécessaires, à court terme, on peut s’attendre à des tensions inflationnistes. Peu de produits circuleraient au niveau des marchés avec une masse salariale presque stable, il serait inévitable de voir les prix grimper. Mais puisque la Banque centrale n’accommode pas outre mesure ce processus, à moyen terme l’inflation va s’estomper. En termes simples, la Banque centrale ne crée pas beaucoup de monnaie, pour permettre à l’accroissement des prix de continuer. On peut donc raisonnablement pronostiquer que l’inflation va s’estomper une fois que la hausse des prix sera absorbée. Si les politiques actuelles continuent et qu’on aura les mêmes performances économiques (agriculture et industrie), l’inflation ne sera pas notre problème numéro un. Ceci ne signifie guère qu’il ne faut pas s’en soucier.

Les efforts de l’Etat pour recycler la monnaie en circulation dans la sphère informelle afin de l’injecter dans les circuits productifs jouent également dans ce sens. A court terme, elle peut conduire à une légère hausse des prix, car dans les nouveaux projets on verse des salaires mais la production de biens et de services suivra bien après : on aura l’inflation de développement. Dans les deux cas, à moyen terme notre problème ne sera pas l’inflation.

La problématique du chômage

Le chômage dépend d’une multitude de facteurs. S’il a été relativement plus facile dans les pays développés de juguler l’inflation que de réduire le chômage, il en sera de même pour notre pays. Chez eux, l’économie numérique créée beaucoup de chiffres d’affaires et peu d’emplois. Nous assistons à une phase où les postes de travail supprimés par la technologie (robots, ordinateurs) sont supérieurs aux emplois créés dans d’autres secteurs. C’est un phénomène nouveau chez eux. Chez nous,  c’est surtout la démographie qui entre en jeu. Il faudrait faire une grande gymnastique analytique pour donner du sens à de nombreux chiffres et à des définitions très hétérogènes. Mais probablement l’année prochaine on dépassera les 650 000 demandeurs d’emploi, toutes catégories confondues. L’économie créerait, selon une analyse tendancielle, quelque 350 000 emplois.

En 2025, on frôlera le million de demandes d’emploi annuellement. La création d’emplois va dépendre de la vitalité de l’économie et des politiques économiques menées. Toute projection serait hasardeuse, il nous faut finaliser les dispositions stratégiques de l’économie nationale pour y voir plus clair et faire des pronostics sur la création d’emplois. Dans tous les cas de figure, l’emploi sera le défi numéro un de notre pays dans le futur. Un premier virage de politique économique fut salutaire : la réduction de l’excès d’investissement dans les infrastructures au détriment de l’économie productive. Les emplois dans la construction d’infrastructures sont temporaires et s’estompent avec les fins de projets, alors que les emplois de l’économie productive, dans notre contexte, sont plus durables. On a besoin d’un équilibre entre les deux, mais pas une exagération comme celle contenue dans les ex-plans de relance. Il reste à évaluer les différents dispositifs d’emploi avec l’analyse des coûts/ bénéfices.

La meilleure riposte serait l’amélioration du climat des affaires et permettre aux entreprises, surtout privées, de mener à bien et rapidement et sans entraves la multitude de projets disponibles. L’économie est capable de relever le défi, à condition de réussir la modernisation de l’environnement de l’investissement. Mais pour ce qui en reste (le sous-emploi résiduel), beaucoup de pays ont trouvé mieux que nos différents dispositifs d’insertion.

A cet effet, j’ai évoqué dans une chronique passée les cas de l’Inde, de l’Argentine et de l’Australie, qui ont testé avec un succès plutôt surprenant d’autres dispositifs. Ce seraient des entreprises publiques flexibles qui opèrent dans des domaines importants pour l’Etat (environnement, énergie renouvelable, viabilisation de terres agricoles, etc.) qui utilisent à 50% les sans-emploi, en vue de les garder employables, mais avec l’idée de les verser rapidement dans le secteur productif dès que possible ou créer une activité pérenne et les employer à 100%. Bien sûr que nous n’avons pas l’expérience et les ressources humaines qualifiées pour gérer ce genre d’entreprises. Cependant, il n’est pas impossible de les monter, expérimenter le dispositif dans certaines régions et le généraliser s’il réussit. Ce serait le meilleur moyen de traiter le chômage résiduel et de contribuer à rendre employables les citoyens désirant travailler, mais qui n’ont pas pu s’insérer dans l’économie productive.

Abdelhak Lamiri
 
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