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Faut-il aller à l’endettement international ?

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le 03.07.17 | 12h00 Réagissez


Un débat a été engagé par différents analystes sur la nécessité ou l’opportunité d’aller à l’endettement international. Beaucoup d’experts et d’institutions internationales poussent nos décideurs à considérer cette voie. D’autres, par contre, les mettent en garde contre une telle pratique. Il faut beaucoup de discernement pour bien élucider l’essentiel des éléments liés à la question.

Deux questions essentielles doivent être analysées dans ce contexte. Les événements économiques nationaux et internationaux vont-ils pousser notre pays à recourir à l’endettement extérieur ? Quels sont les avantages et les inconvénients de l’endettement extérieur et comment faut-il le gérer  ? Je vais essayer de simplifier des mécanismes économiques complexes pour éclairer les lecteurs sur la question de l’endettement. Beaucoup a été dit sur la question, mais il faut avoir une base minimale en finances pour bien saisir cette question. Je vais tenter une simplification susceptible de permettre d’être mieux éclairé sur la question.

Mais avant cela, mettons de côté les aspects géopolitiques de la question. Ils ne sont pas négligeables. Ils peuvent même être pour certains l’essence de la problématique. Si l’endettement international n’est pas maîtrisé, il y aura certainement une grosse perte de souveraineté nationale. L’idéologie des institutions internationales n’a que très peu évolué. La Banque mondiale et le FMI considèrent les pays surendettés qui n’arrivent pas à faire face à leurs échéances, comme des pays mineurs. Ils n’ont pas su maîtriser la situation, donc ils doivent remettre le pouvoir de décision aux acteurs internationaux. Nous ne pouvons pas développer dans cette section la philosophie de ces institutions, mais elle est centrée autour  de la solvabilité.

Le FMI donne une caution aux pays surendettés pour un refinancement ou un rééchelonnement uniquement si ce dernier consent à mettre en œuvre des politiques qui améliorent sa solvabilité. Un pays peut être solvable mais ne se situe nullement sur le sentier de l’émergence ou du développement. En tout état de cause, un fort endettement implique une perte de souveraineté politique du pays.
 

Performance et endettement

Nous laissons la question politique aux experts en sciences politiques. Dans le domaine purement économique, l’endettement pourrait être une bonne chose pour l’économie, comme il pourrait signifier un début de grave dégradation économique. Tout dépend de ce que l’on fera des ressources utilisées. Les pays bien gérés ont des stratégies, des politiques économiques qui créent, développent et utilisent comme fer de lance des entreprises très compétitives pour engranger des parts de marché au niveau économique national et exporter. Les administrations expertes aident ces entreprises à améliorer leur compétitivité internationale pour développer des produits et services qui leur permettent d’occuper des places de plus en plus importantes dans les chaînes de valeur internationale. Ainsi, le pays s’endette disons à un taux d’intérêt de 8%.  Les crédits sont orientés vers des entreprises de classe mondiale qui vont développer des projets et avoir des rendements de 30%, surtout grâce à l’exportation ou à la substitution à l’importation. On peut donc repayer les 8% et réinvestir une partie ou la totalité du différentiel (22%).

La Corée du Sud était dans cette situation. Elle s’est développée grâce à l’endettement. Les maigres surplus agricoles ou l’aide internationale très marginale n’expliquent guère la montée en puissance de ce pays. Ce sont des prêts internationaux bien orientés et des entreprises de classe mondiale qui ont fait fructifier ces avoirs. L’endettement international a été une bénédiction. Nous avons eu l’expérience inverse en Algérie durant les années soixante-dix et surtout quatre-vingt. On s’endettait pour consommer ou investir dans les infrastructures sous- utilisées ou dans des entreprises sous-gérées, qui n’arrivaient même pas à disposer d’équilibres financiers. Les projets financés avaient des rendements nuls et n’exportaient rien.

Comment peut-on rembourser alors si les prix des hydrocarbures sont bas ? A partir de ces deux exemples, on comprend bien que l’endettement peut être une bénédiction ou une malédiction. Cela dépend de l’efficacité avec laquelle les ressources sont utilisées. La question est donc la suivante : avons-nous des administrations et des entreprises capables d’utiliser ces ressources avec un haut niveau d’efficacité pour produire, innover, exporter, substituer la production nationale à l’importation, ou sommes-nous encore une économie peu compétitive et donc on risque de reproduire le problème des années quatre-vingt-dix (aggravé par la situation sécuritaire) ?

Ce à quoi il faut s’en tenir

Très probablement, il faut très peu compter sur la rente pétrolière pour nous désendetter. La situation est en train de se stabiliser avec une tendance d’un marché pétrolier déprimé. Face aux incertitudes qui pèsent sur l’industrie, il vaut mieux tabler sur des prix bas avec des recettes autour de 25 à 35 milliards par an. Face au choc reçu, l’Algérie a mieux résisté que prévu. Deux décisions salutaires furent prises : réduire drastiquement le programme de l’investissement et réduire (suffisamment) les importations. Sans cela, nous-serions dans la situation du Venezuela. Avec un management rationnel des importations, nous pourrions très bien nous adapter à un volume des importations de l’ordre de 30 milliards de dollars et écarter le recours à l’endettement. Notre économie n’est pas encore capable de traduire les ressources de l’endettement en innovation, en intelligence, en compétitivité et en exportation. Il nous faut donc travailler dur dans cette direction.

Pour le second scénario, si les importations continuent à se stabiliser autour des 45 milliards de dollars, on pourra, durant au moins quatre ans, éviter l’endettement, puis progressivement on sera obligés d’y aller. Nous serons alors dans la situation des années quatre-vingt-six et l’histoire se répétera. Vu l’état de notre économie, soit on serre la ceinture (importations), soit on va inexorablement, mais à moyen terme, vers l’endettement avec une incapacité de rembourser. La troisième et meilleure voie est peu contemplée. Elle consiste à transformer une partie des ressources disponibles (40 à 50 milliards de dollars) en intelligence humaine, innovation, création d’entreprises, crédits et encouragement des meilleures entreprises publiques et privées, modernisation managériale, recherche et développement, stratégie d’émergence, développement durable, transition énergétique, etc. Nous aurions alors fait ce que la Corée du Sud avait fait il y a longtemps : opérer un processus de rattrapage des pays émergents et développés.
Avant de parler d’endettement, il faut se dire : pour faire quoi avec cet argent ? Et avons-nous des entreprises et des administrations capables de relever les défis d’une utilisation efficace de ces ressources ? Si la réponse est non, il faut alors corriger les défaillances graves avant de donner des ressources aux agents économiques mal préparés.A. L.
PH. D en sciences de gestion

Abdelhak Lamiri
 
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