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Encore une fois, la hantise bureaucratique

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le 13.03.17 | 12h00 Réagissez

Nous avons développé beaucoup de réflexions autour de la bureaucratie. Mais il y a deux raisons qui nous incitent à en évoquer encore une fois le mode de fonctionnement. La première prend en considération les observations des acteurs économiques.

Dans toutes les réunions ou  séminaires auxquels nous avons assisté, on a toujours eu droit à une litanie et de sévères critiques en direction du partenaire administratif, qui est encore considéré comme source de blocage de l’investissement, de la croissance, de l’emploi et de l’exportation. Ces conditions perdurent et aucune solution ne semble voir le jour. Au contraire, une analyse minutieuse semble montrer que la situation se complexifie. La seconde raison concerne une constatation partagée par l’ensemble des acteurs et des analystes. Les personnes confrontées aux problèmes de terrain : les syndicalistes, les patrons, les experts et les journalistes sont tout à fait unanimes sur le fonctionnement de l’administration.

En effet, les personnes sont toutes d’accord pour souligner la volonté de l’Etat de libérer l’économie de la tyrannie bureaucratique. Mais pour le moment, sans résultat palpable ! On peut se féliciter de certaines remises en cause de choix au niveau macroéconomique. La réduction des dépenses d’infrastructures, alors que par le passé c’était l’essentiel de la politique économique du pays. Cette remise en cause fut salutaire. La décision de substituer progressivement la fiscalité ordinaire à la fiscalité pétrolière commence à produire des résultats salutaires.

Priorités managériales administratives

Il devient de plus en plus clair que deux perspectives se dessinent. Toutes les remises en cause des politiques économiques face à la crise ont produit un début de restructuration salutaire. Les résultats auraient été bien meilleurs avec une amélioration significative des processus administratifs. Nous sommes en train de découvrir qu’une administration mal gérée est capable de faire déraper des décisions macroéconomiques judicieuses. Nos décideurs doivent comprendre une fois pour toutes qu’il n’y aura aucune émergence, aucune amélioration substantielle sans révolutionner les modes de management de nos administrations. Nous avons là l’investissement le plus rentable et le plus productif qui puisse exister. Tout le monde réclame ce changement, mais une sorte de paralysie collective bloque les initiatives. Certes, il y a des secteurs qui ont obtenu de légères avancées, comme la justice, qui, relativement aux autres secteurs, s’est beaucoup améliorée dans son volet administratif.


Mettre à niveau le système managérial administratif va nous en coûter quelque chose, selon mes estimations entre 3 et 5 milliards de dollars (formation, informatisation, mise en place de procédures, gestion du changement etc.) mais les gains escomptés se compteront par dizaines de milliards de dollars, en plus des énormes bénéfices que tireraient nos citoyens. Considérez l’allègement des fardeaux des citoyens qui verraient leur prise en charge sanitaire s’améliorer, les investisseurs qui pourraient démarrer des activités en 48 heures, des améliorations dans la qualité de l’enseignement national, les transports et bien d’autres activités dans notre pays. Tout ceci est possible. Beaucoup de pays l’ont fait. Il s’agit de passer d’une administration bureaucratique à une administration experte. Nos experts algériens et expatriés savent comment réaliser ce saut qualitatif.

Il reste la question de l’exécution

Beaucoup trop de personnes et d’institutions qui se plaignent des modes de fonctionnement de nos administrations croient que l’opération est simple. Qu’il suffirait à l’Etat d’ordonner pour que cela soit fait. Les expériences internationales contredisent tout à fait cette manière de voir les choses. Dans notre pays, de nombreux ministères ont émis un nombre impressionnant de circulaires avec très peu de résultats. Croire qu’il suffit de vouloir pour produire des résultats serait un leurre. Mais basculer d’un mode de fonctionnement bureaucratique à un mode expert n’est pas impossible. Mais il faut savoir que nous avons besoin de temps, de moyens, mais surtout d’une forte volonté politique et une méthode appropriée. Ce sont ces deux derniers aspects qui ont quelque peu manqué. On a cru qu’avec des injonctions, des suivis, des rappels et des appels à la conscience et à la responsabilité des personnes concernées, on peut venir à bout des problèmes. Mais l’expérience nous montre qu’il n’en est rien. Rien ne sert de demander à une administration de s’auto-réformer. Elle ne le fera pas. Elle a besoin d’aide. Il lui faut une intervention externe qui va travailler en concertation avec les personnes concernées.


A la dernière tripartite, tous les partenaires économiques étaient d’accord pour dire que le problème le plus dur dans notre pays demeure la bureaucratie. Tout simplement elle bloque l’amélioration et toute la démarche de la nation. Les bureaucrates sont plus victimes que bourreaux. Leurs nombreux problèmes (rémunération, considération, échelle de carrière, communication, etc.) expliquent en partie leurs agissements. Cependant, une administration doit être gérée. Un des principes sacro-saints du management administratif moderne (New Public Administration) consiste à mesurer et à responsabiliser. Chaque poste de travail devrait être décrit minutieusement avec la détermination de procédures claires et transparentes. Ainsi, si un administratif bloque un dossier d’investissement ou toute activité utile, des clignotants rouges s’allument partout, car la demande informatisée est dès le début transmise à de nombreuses instances. De plus, les indicateurs de performance d’une personne ou d’une institution qui bloque se détériorent. Le management administratif moderne est très performant. Malheureusement, il est tout à fait inutilisé dans notre pays. Une ancienne publicité d’une marque de voiture disait «C’est pourtant facile de ne pas se tromper». Cette assertion est particulièrement vraie pour venir à bout d’une administration sclérosée. Nos experts nationaux et expatriés sont tout à fait capables de mettre en œuvre ces méthodes et outils. 


 

Abdelhak Lamiri
 
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