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Du nouveau dans le traitement du chômage

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le 20.02.17 | 10h00 Réagissez


Le chômage constitue le fléau essentiel des économies modernes. Aussi bien les pays développés que ceux en voie d’émergence — ou les plus pauvres — souffrent chroniquement ou périodiquement de ce mal endémique. On peut calculer économiquement ce que cela coûte à un pays d’avoir des ressources humaines non utilisées. Mais les estimations sont seulement monétaires. Les autres dommages peu visibles sont de loin les plus importants. En effet, les problèmes psychiques, les divorces, les vols, les crimes, les suicides, le mal-vivre et bien d’autres tares ont pour cause profonde le chômage. Nul ne sait répertorier comme il le faut les malheurs sociaux qui lui sont associés. Alors on se contente de la production perdue comme un indicateur de ses conséquences. Quid des gens qui se noient en mer pour chercher un emploi décent ailleurs et des crimes, des suicides et le reste. La science économique ne sait pas faire des incursions dans les domaines de la sociologie et de la psychologie.

Nous considérons le chômage dans sa définition scientifique, c’est-à-dire, les personnes qui cherchent réellement du travail et qui n’en trouvent pas. La question du travail est aussi liée à la gestion des anticipations. Dès lors que la société envoie des messages qui déforment les conditions du réel, on contribue au chômage sans le savoir. Par exemple, si chaque diplômé universitaire intègre dans son schéma mental qu’il n’aura jamais à effectuer un travail manuel mal rémunéré, avant de disposer d’un emploi conforme à ses aspirations, alors le chômage se gonfle. Gérer le chômage, c’est aussi gérer les anticipations du marché de l’emploi pour faire coïncider l’offre et la demande de travail. On ne peut avoir un traitement purement économique du chômage.

Les remèdes du passé toujours valables mais insuffisants

Tout d’abord, le chômage reste le fléau n°1 des économies, parce que les autres maux sont plus faciles à éradiquer. Certes, une forte inflation peut dévaster l’économie d’un pays. Mais avec les politiques appropriées (surtout un resserrement monétaire), on arrive toujours à l’éradiquer. Les coûts économiques et sociaux peuvent être importants. Toutefois, on parvient à éradiquer la plupart des autres maux économiques. Mais le chômage devient de plus en résistant aux antidotes des Etats. Les recommandations des économistes aux Etats pour réduire drastiquement le chômage peuvent être groupées en deux catégories. La première concerne la flexibilité et la fluidité du marché du travail. On préconise une réglementation moins contraignante, la facilité d’embaucher et de licencier, adapter la formation, informer mieux les demandeurs et les offreurs d’emplois, etc. Les économistes recommandent toujours ces politiques.

La seconde catégorie de politique économique concerne la croissance économique. Il faut des plans de relance pour créer plus de conditions d’emploi. L’Etat doit développer toutes sortes d’infrastructures et faciliter les crédits à des taux d’intérêt intéressants. Tout ceci créerait de l’activité et donc des emplois. Ces politiques économiques peuvent réduire le taux de chômage à des niveaux acceptables. L’Allemagne, qui les pratique judicieusement, a un taux de chômage acceptable (3,9%). On reproche à la France de négliger la flexibilité du marché de l’emploi. Son taux de chômage demeure élevé (10,1%). La Malaisie a un taux de chômage acceptable (3,5%) parce que son économie carbure à plein et une meilleure flexibilité de l’emploi est privilégiée. Mais dans beaucoup de cas, ces politiques économiques demeurent insuffisantes. Malgré une application stricte de ces recettes, un volume important de sous-emplois demeure. Les économies modernes ont cette faculté de pouvoir créer beaucoup de chiffres d’affaires, des profits, mais peu d’emplois. La plupart des profits que font les économies modernes le sont dans les secteurs de la finance et des TIC. Mais ces secteurs emploient très peu de main-d’œuvre. Ils sont friands des travailleurs de l’intelligence, mais très peu des activités manuelles. Même les activités traditionnelles de l’acier, du bois, etc., sont de plus en plus robotisées. Alors, malgré les relances et la flexibilité, les économies modernes ne sont pas assurées de se maintenir au niveau du plein emploi.

L’état Toujours Pompier en dernier ressort

Alors puisque les politiques traditionnelles ne garantissent plus le plein emploi, que faire ? Il ne faut pas conclure que les actions classiques sont inutiles et qu’il faille s’en débarrasser. Ne pas relancer l’économie en période de chômage ou éviter d’améliorer le climat des affaires serait garantir la pérennité des crises économiques. Seulement la relance doit être différente d’un pays à l’autre. Dans les pays développés, c’est à travers les crédits et les infrastructures, mais dans les pays sous-développés, ce serait à travers le développement des industries de la connaissance et l’amélioration du climat des affaires. Il y a beaucoup de pays qui ont obtenu des taux de chômage satisfaisants uniquement avec ces politiques. Mais nous avons des cas où ces politiques se sont avérées insuffisantes : nous pouvons citer l’Inde, l’Argentine et l’Australie, qui, malgré les politiques de relance, ont continué à avoir des taux de chômage inacceptables. J’ai cité ces pays parce que ce sont précisément eux qui ont expérimenté cette idée d’emplois publics partiels et temporaires.

Dans le nouveau dispositif expérimenté par ces pays, l’Etat commence par créer des entreprises particulières gérées avec des outils et des méthodes très différents des entreprises classiques. Elles ont pour but de maintenir les chômeurs employables, dans le seul objectif serait de les verser le plus rapidement possible dans des entreprises économiques, surtout privées. On garantit à toute personne au chômage un emploi généralement durant 50% du temps réglementaire, moyennant rémunération. Ces entreprises identifient les besoins du pays : par exemple, valorisation de terres agricoles, développement des énergies renouvelables, environnement, soins à domicile pour les personnes âgées et les handicapées. Les personnes demeurent employées la moitié de leur temps dans ces entreprises pour ne pas perdre leur qualification ou en acquérir d’autres. Mais dès qu’une opportunité d’un emploi à temps plein dans le secteur économique voit le jour, la personne est versée dans l’économie productive. Les managers de ces entreprises d’emploi temporaire sont formés pour affronter cette flexibilité. L’idée est de permettre aux personnes au chômage d’avoir un revenu, même minoré, mais de contribuer, en contrepartie, au développement du pays, se former et se ternir prêt à prendre un emploi productif dès que ce sera possible.

Les premières évaluations sont très positives. Au lieu de donner des allocations chômage ou laisser les gens sans emploi, on les utilise partiellement (pour continuer la recherche d’emploi) pour contribuer à développer des activités utiles pour le pays. L’Inde la pratique dans certains Etats. Le taux de chômage est à un niveau acceptable (4,9%) vu son immense population. L’Australie a également expérimenté le dispositif (4,7%) ainsi que l’Argentine, qui a pu éviter des catastrophes sociales lors de sa crise récente grâce à ce procédé. C’est une expérience qui mérite d’être suivie et considérée. On peut même la tester dans une wilaya chez nous et la généraliser si les résultats sont favorables. Cependant, il faut des formations très spécifiques pour ces managers d’entreprises publiques d’un type très particulier.

Abdelhak Lamiri
 
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