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Développement local et développement économique : la nouvelle expérience

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le 21.11.16 | 10h00 Réagissez

Parmi les orientations claires qui se dessinent dans ce qui est convenu d’appeler le «nouveau modèle économique», une forte volonté de décentraliser le développement est clairement affichée.

Il était temps. Les différentes expériences internationales indiquent toutes qu’une décentralisation bien conçue, appuyée par des qualifications humaines importantes et des ressources adéquates serait un axe important des solutions à apporter aux économies sans croissance convaincante. Le développement hypercentralisé est aujourd’hui pratiquement impossible. Les évolutions sectorielles sont si rapides qu’une autorité centrale n’a ni l’information ni l’expertise pour les gérer centralement. Il n’y a quasiment plus de pays développé ou émergent qui fonctionne avec un très haut degré de centralisation. Et les pays sous-développés qui s’engouffrent dans cette voie payent toujours un lourd tribut, parfois sans le savoir.

Aussi bien l’expérience que la vaste majorité des experts considèrent qu’une forte décentralisation bien conçue serait la meilleure manière de faire fonctionner une économie complexe. Notre expérience est bien significative. Nous avons de tout temps opté pour des systèmes ultra-centralisés. Les indicateurs économiques (productivité marginale des facteurs, taux d’utilisation des capacités, etc.) montrent qu’à aucun moment nous n’étions en train de maîtriser le développement. On sait qu’il y a des experts victimes d’une illusion d’optique, qui pensent qu’on était en train de réussir dans les années soixante-dix. Nous sommes le seul ex-pays socialiste qui n’a pas fait complètement le deuil de l’ère de la planification centralisée. Ceci explique, en grande partie, pourquoi beaucoup de décideurs étaient réticents à décentraliser. Nous avons perdu beaucoup de temps. Mais mieux vaut tard que jamais.


La décentralisation, une solution sous conditions

Les mécanismes de la décentralisation ont de tout temps été débattus par les chercheurs et les praticiens. Sachant que le facteur-clé de succès numéro un de réussite des entreprises et des pays réside dans la mobilisation de l’intelligence humaine, pourquoi se priver d’interpeller des millions de cerveaux et de ne travailler qu’avec quelques dizaines. Les déperditions d’idées et de décisions judicieuses à tous les niveaux seraient énormes. Il n’y a qu’un seul cas où la centralisation se justifie. Ce serait lorsque les compétences, pour prendre des initiatives en bas de la hiérarchie, font défaut. Les challenges dépassent de loin les qualifications des personnes opérationnelles. Mais la justification serait de courte durée : il faut alors former ces agents et décentraliser sur le moyen terme. La centralisation se justifie seulement sur le court terme. Autrement dit, un chef d’entreprise ou un responsable d’un département ministériel ne peut pas justifier la centralisation s’il était resté en poste cinq ans ou plus. Si les personnes à différents niveaux hiérarchiques ne sont pas encore au niveau des compétences requises, ce serait alors une de ses lacunes les plus importantes.

Mais la décentralisation se prépare. Parmi les mécanismes les plus importants à considérer sont les instruments de mesure et les indicateurs de contrôle. Dès lors que l’on va procéder à plus de décentralisation, le système d’information national s’en trouverait bouleversé. Beaucoup de responsables pensent que les indicateurs de contrôle doivent exister uniquement au plus haut lieu des institutions. Autrement dit, nous allons donner plus de ressources et d’autorité à une commune, par exemple, et nous allons mettre comme indicateur l’évolution de l’emploi, l’investissement, le taux de satisfaction des usagers, etc. Mais si le responsable local pense que les indicateurs à son niveau suffisent, alors les résultats seraient médiocres. Premièrement, il doit y avoir un équilibre entre les pouvoirs et les moyens octroyés, d’un côté, et le degré de responsabilisation, d’un autre. Des experts savent le faire.

Nos administratifs ne sont pas encore qualifiés pour le faire. En second lieu, les indicateurs doivent exister au sein des entités-clés de l’activité. Par exemple, la cellule technique au niveau d’une APC doit avoir des indicateurs (délai d’octroi des documents des usagers, nombre de litiges solutionnés, etc.). Nous n’allons pas nous encombrer de nombreux détails sur les indicateurs qui mesurent d’une manière objective les performances des différentes entités et sur le comment faire pour ne pas bureaucratiser les processus, etc.


Expériences et pistes de solutions
 Les expériences internationales sont là pour nous démontrer que la piste de la décentralisation est la plus prometteuse possible. Cependant, les pièges à éviter sont nombreux. J’en citerai quelques uns. Il faut gérer l’opération en mode projet. Les spécialistes savent ce que cela implique. Dans l’ordonnancement de l’opération, les qualifications humaines viennent en premier. On privilégie autant que possible la formation d’abord. La Chine a créé plus de deux mille nouvelles institutions de formation, jumelées avec l’international et celles qui existent étaient mises à niveau par les meilleures institutions de formation mondiales pour recycler plus de 80% des opérationnels. Ce n’est que par la suite qu’elle opéra une très grande décentralisation. Actuellement, 60% des exportations chinoises proviennent des entreprises créées par les communes. L’Inde n’est pas loin de cette configuration. Ceci va permettre de restructurer les entités à décentraliser : par exemple créer des cellules de développement local nécessite de former des agents capables de concevoir et d’exécuter des stratégies de développement local.

La tâche est gigantesque. Mais ne pas l’entreprendre et chercher autre chose conduirait inévitablement à un échec. Autant s’atteler à la mettre en œuvre d’une manière efficace. Il y a une question qui n’a été que très partiellement adressée. Ce sont les industries du savoir qui sont nécessaires au succès du développement décentralisée.

Nous avons besoin de sociétés d’expertise en stratégies locales, en ingénierie financière locale, en création et développement d’entreprises locales, en recyclage selon les visées du New Public Management, les bases de données, etc. Ces entités n’existent pas, ou sont embryonnaires. Ceci est tout à fait normal, cet élément de la chaîne de l’économie du savoir ne peut pas exister alors que la demande y est absente. Un universitaire, mastère en finances, ne peut pas créer une société spécialisée en montage financier local alors que la loi ne permet que les lignes budgétaires publiques. Mais aujourd’hui le besoin se fait sentir. Il faut alors s’appuyer sur l’expérience internationale pour créer toutes ces industries du savoir qui nous manquent pour faire fonctionner efficacement ces entités décentralisées. Nous n’avons qu’un embryon de ces capacités. IlL faut alors créer toute une filière. L’Etat doit initier des actions et l’industrie de la connaissance se mettra en place progressivement. Il n‘a pas à gérer son montage technique. Ce n’est qu’à cette condition qu’on aura une chance de réussir un développement décentralisé qui est en réalité une condition sine qua none de créer un développement réel et durable hors hydrocarbures.
 

Abdelhak Lamiri
 
 
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