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Développement humain : les acquis et ce qui reste

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le 19.12.16 | 10h00 Réagissez


Toute tentative d’évaluation des performances d’une institution ou d’un pays se heurte toujours à des problèmes de mesure. Les experts déploient des trésors d’imagination pour contourner les difficultés et créent des indicateurs qui essayent toujours, tant bien que mal, de cerner le niveau de performance des pays et des institutions.

On y arrive partiellement et avec des lacunes qui peuvent induire des interprétations confuses. C’est le cas de l’indice de développement humain conçu par les Nations unies et qui est repris par l’ensemble des analystes dans le monde. On essaye de repérer la qualité de vie des citoyens des différents pays, en fonction des politiques et des ressources mobilisées par leurs pays respectifs, pour améliorer le bien-être de leurs citoyens.

On mesure le niveau de développement humain par trois grandes rubriques qui sont réellement les axes les plus significatifs d’un développement humain. Le système de santé est interpellé, car on mesure la longévité, c’est-à-dire l’espérance de vie à la naissance. On calcule la durée de vie moyenne qui peut s’améliorer par une meilleure prévention, une  alimentation et hygiène de vie supérieure ainsi qu’une prise en charge des maladies plus efficace. La durée de la scolarisation de la population est également un révélateur des possibilités qui seront offertes à la population par une meilleure insertion dans le monde du travail, et donc l’intégration à la vie économique du pays.

Le dernier indicateur essaye de mesurer le niveau de vie en considérant les revenus et en faisant des ajustements pour le niveau des prix et les taux de change locaux (on raisonne en termes de PPA : Purshassing Power Parity). La santé, l’éducation et le niveau de vie sont certes des éléments constitutifs essentiels d’un développement humain. Quoique les statistiques brutes donnent peu d’indications sur la répartition de ces bienfaits au niveau de la population, globalement l’image essaye d’être fidèle à la réalité. On peut compléter l’analyse au sein d’un pays précis en y investiguant davantage les données sur la répartition des bénéfices au sein de la population.


L’Algérie s’en tire bien

Notre pays se classe plutôt bien au niveau international. C’est l’un des rares parmi les classements internationaux où l’Algérie se positionne plutôt bien. Au dernier classement de 2015, on se situait à la 85e place (0,735 sur 1). On devance les pays comme l’Afrique du Sud, la Chine, le Maroc, la Tunisie, l’Egypte et l’Inde, par exemple. Il est vrai que notre pays consacre d’énormes ressources aux transferts sociaux. C’est un héritage de l’ère socialiste et même de la lutte de Libération nationale. Nous avons toujours considéré la cohésion sociale comme une priorité nationale. Même si les programmes sociaux sont nettement sous-gérés, ils produisent quelques effets. Mais la question que beaucoup d’analystes se posent est la suivante : alors que l’indice de développement humain est correct, pourquoi arrivons-nous parmi les derniers pays dans d’autres classements : comme le climat des affaires, le niveau de notre système scolaire et universitaire, etc. ? Pourquoi n’arrivons-nous pas à être compétitifs au niveau international au vu de la faiblesse de nos exportations hors hydrocarbures ?

Ces questions sont très pertinentes. Plusieurs raisons peuvent être avancées pour expliquer cette apparente contradiction. Il semble en effet qu’un développement humain avancé soit antinomique avec une faiblesse de la compétitivité internationale de notre économie. Nous dépassons la Chine dans le classement du développement humain. Mais cette dernière est l’un des pays les plus compétitifs au monde, contrairement à notre cas. Il en est de même pour l’Inde, qui est loin derrière nous. La première explication réside dans le titre donné à ce classement. En effet, on parle d’indice de développement au lieu d’indice de qualité de vie ou de prospérité ou autre. L’Arabie Saoudite se classe loin devant la Turquie et la Malaisie. Or, ces deux pays sont des nations émergentes qui se développent réellement. Mais l’Arabie Saoudite a un niveau de vie plus élevé du fait de son immense rente pétrolière. Elle arrive à offrir à sa population un meilleur standing de vie, mais cela n’a rien à voir avec la compétitivité et le développement. Beaucoup de nos analystes confondent cet indice avec la maîtrise du développement. Si on a une économie de rente, cet indicateur est élevé. Les pays qui ont une rente peuvent mobiliser plus de ressources pour améliorer le niveau de vie des citoyens. Mais ce dernier peut s’effondrer rapidement après une réduction drastique de la rente.


Autres aspects du développement humain

L’indice ne mesure nullement le degré d’efficacité avec laquelle les ressources sont utilisées. En effet, on mesure facilement l’espérance de vie à la naissance. On calcule aisément la durée de vie moyenne des habitants d’un pays. Mais on ne considère pas les ressources injectées pour arriver à ce résultat. En d’autres termes, si un pays arrive au même résultat qu’un autre en utilisant trois fois moins de ressources, on le met au même niveau. D’où le fait de ne pas confondre ce critère avec l’efficacité économique ou le développement tout court. D’ailleurs, au niveau de l’éducation, l’aspect qualitatif est sous- représenté. On est surtout polarisé sur le nombre d’années de scolarisation. Ce qui est déjà une bonne chose. Il ne faut pas demander la perfection aux indicateurs. Si un pays permet une plus grande scolarité pour toutes ses ressources humaines, c’est déjà un bon début. Cependant, l’appellation développement humain suggère que ces années de scolarité se traduisent en meilleure maîtrise des sciences, du savoir-faire et de la technologie.

Ce qui n’est pas toujours le cas.

Dans les pays qui ont une rente, les dépenses pour améliorer le développement humain se font généralement sans contrepartie (travail, résultats, etc.). Les dépenses se gonflent. On obtient peu de résultats par unité monétaire, mais on injecte tellement de ressources qu’on améliore ces indicateurs, mais pas la qualité ni la compétitivité. Nos analystes ne doivent pas faire ce mélange : prendre l’indice de développement humain pour un indice d’un développement économique réel.    Notre pays se classe parmi les meilleurs au niveau de l’indice de développement humain.

Ce qui est un excellent début. On est le premier des grands pays d’Afrique, devancés uniquement par trois petites îles. Mais nous devons travailler dur pour transformer les ressources consacrées au développement humain en richesse économique durable et en compétitivité économique. Les pistes les plus prometteuses existent. Il s’agit d’améliorer les audits des programmes de développement humain, introduire plus de transparence, plus d’expertise et de participation. Les ressources consacrées doivent être optimisées et des comparaisons internationales opérées afin de consacrer la compétitivité et le développement à travers ces programmes. Saupoudrer des ressources sans obligation de résultats pour les intervenants et sans contrepartie pour les bénéficiaires induit souvent de plus en plus de demandes inconsidérées. J’ai lu beaucoup d’analyses dans notre pays où on fait la confusion entre l’indice de développement humain et la maîtrise du développement. Ce sont deux choses tout à fait différentes. Il faut s’affairer à maîtriser le second, car la première mesure est tout à fait autre chose : ce que reçoivent les citoyens même s’ils ne donnent rien en contrepartie.

 

Abdelhak Lamiri
 
 
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