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Création monétaire, inflation et dévaluation

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le 25.09.17 | 12h00 Réagissez


Un débat récent fait encore la une de presque tous les journaux suite à la présentation du gouvernement de son programme économique. Il concerne le recours au financement non conventionnel (surtout par le biais de la création monétaire) et son impact sur l’économie nationale. C’est un sujet qui paraît simple et beaucoup l’ont caricaturé à l’extrême. Certes, nous pouvons nous réjouir que des débats de ce genre aient lieu sur la scène économique et politique de notre pays.

On ne peut qu’acquérir plus de maturité par un exercice pareil. Mais il faut se rendre compte que c’est un sujet complexe et plein de pièges, comme nous allons le montrer. J’ai fait une thèse de doctorat qui traite par ricochet ces thèmes à l’université de Claremont en Californie et je mesure l’interaction de nombreux paramètres en action pour déterminer les conséquences multiples d’une création monétaire. Ceci s’est traduit chez nous par le fait que les experts ont fourni des analyses et des recommandations différentes. Le gouvernement a une seule position ; et c’est normal politiquement et économiquement.

Le premier piège concerne les comparaisons. Les économies des pays développées ne fonctionnent pas du tout de la même manière que les pays en voie de développement. C’est ce qui a fait dire au grand économiste François Perroux que le Keynésianisme qui est très utile dans les pays développés n’a aucune validité dans les pays en voie de développement. La vaste majorité des économistes partagent ce point de vue. Parce que c’est un sujet aux aspects techniques multiples, il est parfois difficile de le simplifier. Les conséquences d’une création monétaire dépendent du multiplicateur du crédit, de la vitesse de la circulation de la monnaie, des anticipations des agents économiques, du taux d’utilisation des capacités, de l’élasticité de l’offre, etc. nous n’allons pas pour autant compliquer l’analyse, mais essayer de la simplifier au maximum. C’est juste pour signifier qu’on peut utiliser à sa guise les mécanismes économiques pour arriver à prouver la doctrine politique qui est la sienne.

Environnement social et alternatives économiques

La plupart des analystes sont d’accord sur le diagnostic : forte dépendance des hydrocarbures, importations massives et inconsidérées, faiblesse de la production nationale, climat des affaires peu encourageant, secteur bancaire archaïque, etc. Ces faiblesses sont connues depuis le début des réformes et aucune politique économique n’a été capable de les améliorer substantiellement. De surcroît, la culture économique du pays a toujours été de glorifier l’output en faisant fi de l’input, c’est-à-dire des ressources utilisées.

On peut citer à profusion les routes, les logements, les emplois créés et le reste sans donner le moindre détail sur leurs coûts économiques et sociaux. Le débat interne est miné d’insuffisances et de contradictions. Mais la réalité s’impose comme incontournable et comme le point de départ d’une réflexion commune. Nous avons un problème de financement du budget. Les citoyens refusent de reconsidérer les acquis : un niveau de consommation déconnecté de la productivité du pays. La répartition des revenus pose également problème en termes d’incitations et d’éthique. Mais cela serait une autre dimension de la problématique qui ne saurait être développée dans ce contexte. L’Etat avec ses politiques de communication, d’exemplarité et d’ingénierie sociale est incapable de créer une concertation et un avenir partagé qui exige des sacrifices de tous.

Le système a piégé tout le monde. Les citoyens refusent de faire des sacrifices et l’Etat ne peut pas réformer. Le système est structuré pour fonctionner sous le sceau de l’aisance. On ne sait pas faire face à la rareté et à la répartition des ressources selon le travail, l’efficacité et surtout la science. Dans le domaine budgétaire, les pouvoirs publics voient leurs alternatives d’action se rétrécir. Face à l’impossibilité pour l’Etat de réduire les dépenses de logements, d’améliorer la productivité nationale, d’accroître les taxes, de mieux répartir les dépenses de subvention et autres, il ne reste que deux alternatives : recourir à l’endettement externe ou au financement par l’emprunt national. Les ressources financières commencent à s’assécher dans le système bancaire et hors de la sphère informelle. Il reste donc le financement par les crédits de la Banque centrale auprès du Trésor.
 

Ce qu’il faut retenir

Certes, ce type de financement a été utilisé par de nombreux pays sans grands effets sur l’inflation. Mais les conditions sont différentes. L’élasticité de l’offre n’est pas la même. Par ailleurs, après la crise des Subprimes, l’essentiel des émissions des Banques centrales avaient été utilisés pour reconstituer les liquidités bancaires grandement affectées par la crise. Les taux d’utilisation des capacités étaient également très bas. Nécessairement, nous avons plus de risques inflationnistes que ces pays mais ce danger a été grossièrement exagéré. Nous avons une croissance économique hors hydrocarbures de 3 à 3,5%, qui permet d’absorber au moins le tiers de la nouvelle masse monétaire injectée.

De surcroît, si ces ressources seront destinées surtout aux meilleures entreprises publiques et privées (les orienter uniquement au secteur public ne serait pas la bonne solution), on pourrait absorber encore plus de tensions inflationnistes. Selon des calculs que l’on peut faire avec des arithmétiques simples (malheureusement nous n’avons pas de simulateurs de l’économie algérienne avec des précisions vérifiées), nous pouvons entrevoir une inflation supplémentaire de 2 à 5% par an à partir de 2019. Les spécialistes en économie monétaire savent qu’il y a un long délai entre l’injection d’une monnaie et ses effets sur les prix.

L’inflation va contribuer en partie au fléchissement du dinar, mais surtout au niveau du marché informel : la fameuse théorie PPP (Purchasing Power Parity). Mais se serait également très limitée les premières années. L’alternative réside dans l’endettement international.
Ce dernier serait la solution idoine pour des pays qui ont su créer une économie internationalement compétitive. La Corée du sud s’est développée avec l’endettement international. Le fait qu’on repousse cette alternative est un aveu d’échec économique. Nous n’avons jamais réussi à créer une économie compétitive (j’ai décrit en détail ce qu’il faut faire pour aller dans cette direction dans mon ouvrage La décennie de la dernière chance).

L’économie n’étant pas compétitive, nous ne devrions pas aller vers cette direction qui mènera droit au rééchelonnement. Ce dernier a certains aspects positifs, mais n’est nullement la solution pour notre pays. Mais je constate avec plaisir que tout le monde est d’accord sur un point : le financement par la Banque centrale va au mieux nous fournir une période de répit sans régler le moindre problème. On gagne du temps et c’est tout. Il reste que pour le moment nous n’avons ni stratégie de sortie de crise ni mesures de management opérationnel pour moderniser la gouvernance des entreprises et des institutions nationales. Nous allons tout simplement vivre de la même manière qu’actuellement pour quelques années encore. Les alarmistes et les optimistes ont tort. Nous allons simplement continuer notre train de vie de la même manière qu’on le vit actuellement : ni chaos ni développement.

 

Abdelhak Lamiri
 
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