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Chine versus Etats-Unis : quelle est l’économie leader ?

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le 05.12.16 | 10h00 Réagissez

La Chine est le pays qui a fait le plus de progrès économique durant le siècle dernier et le début du présent millénaire. Même les miracles japonais et allemands demeurent de moindre ampleur que le phénomène chinois.

Le pays a connu un développement faramineux : une croissance à deux chiffres pendant plus de vingt ans pour arriver en période de récession mondiale à plus de 7% d’expansion. Et cela malgré d’importantes dépenses militaires, contrairement au Japon et à l’Allemagne. Pays pauvre et rural sous l’ère communiste, il s’est dramatiquement transformé après les réformes économiques. Beaucoup d’analystes retiennent de l’expérience chinoise les bas salaires qui ont induit des investissements internationaux massifs. C’est un non-sens. L’expérience chinoise a été méticuleusement planifiée pour évoluer vers des domaines de plus en plus High Tech et des développements humains impressionnants. Les communistes ont essayé de se dédouaner en stipulant que c’est l’ère communiste qui a formé les ressources humaines qui ont transformé le pays.

Ceci est contredit par le diagnostic effectué par l’équipe de Den Tsau Ping qui expliquait que le plus grand tort de l’ère communiste a été de laisser la démographie galoper et les qualifications humaines maintenues bien en deçà des niveaux internationaux. Le développement humain, privilégié par la stratégie de développement, fut surtout le résultat des réformes d’après 1980. Seuls quelques secteurs privilégiés durant l’ère communiste connurent un essor humain et quelque peu technologique (l’industrie militaire, par exemple). Mais les transformations économiques et sociales furent impressionnantes après les années quatre-vingts. En trente-cinq ans, le pays est passé d’une nation paysanne sous-développée à une super puissance économique. Tout en étant une dictature politique et un climat des affaires moyen, le pays a su conquérir la confiance des investisseurs internationaux et créer une élite d’hommes d’affaires nationaux de classe mondiale.

Critères internationaux de comparaisons

Les médias internationaux ont tous rapporté l’information lorsque l’économie chinoise avait pris la deuxième place, juste avant le Japon et derrière les USA. Mais maintenant, il devient difficile de départager les deux premières nations seulement moins de cinq ans après avoir pris la première place. Les deux critères les plus importants avec lesquels on classe les pays sont le PIB (produit intérieur brut) et le PIB en PPP (Purchasing Power Parity). Or, les deux critères donnent des résultats différents sur le classement de la Chine et des Etats-Unis. Les deux critères se proposent de mesurer la production de biens et de services d’un pays durant une période déterminée, généralement l’année. Tous les deux recèlent de grosses imperfections, surtout le premier critère (PIB). La problématique est la suivante : quand on utilise le PIB comme critère de classement, les USA sont l’économie mondiale n°1. Il resterait alors à la Chine plus de dix ans pour rattraper le leader. Quand on utilise le PIB en PPP, c’est la Chine qui devance les USA. Alors, les commentateurs internationaux sont en train d’attendre que les deux critères donnent le même résultat pour se prononcer définitivement. Pourtant, le PIB en PPP est plus proche de la réalité, comme nous l’expliquerons simplement plus bas. Regardons quelques données simples : en 2015, le PIB des USA était de 18 561 milliards de dollars. Celui de la Chine avoisinait les 11 390 milliards de dollars, selon les chiffres du Fonds monétaire international. A titre de comparaison, notre PIB serait proche de 170 milliards de dollars.

Cependant, il y a un problème lorsqu’on fait des comparaisons internationales sur cette base. On ne prend pas en considération les différences de prix et de taux de change. Par exemple, lorsqu’un boulanger américain produit une baguette de pain, elle est comptabilisée à deux dollars (le prix est supposé) dans le PIB américain. Mais lorsque la même baguette est produite en Chine par un boulanger chinois, elle est comptabilisée à 1 dollar (par exemple) à cause du différentiel de prix et du taux de change yuan/dollar. Lorsqu’on corrige pour les prix et le taux de change, on arrive à ce qu’on appelle le PIB PPP. La baguette de pain serait alors comptabilisée à 1,5 dollar aussi bien pour les USA que pour la Chine. Alors, quand on fait ces corrections, le PIB PPP donne un total de 20 853 milliards pour la Chine et 18561 pour les USA. Le PIB PPP est plus proche de la réalité, même si lui-même contient des imperfections. Selon ce critère plus réaliste, l’économie chinoise est bel et bien la première au monde, même si le PIB PPP par habitant demeure 4 fois inférieur à celui des USA.

Les facteurs-clés de succès responsables

Mais, au-delà des querelles de classification, il serait intéressant d’analyser les facteurs qui ont produit l’un des plus importants miracles des dernières décennies. L’économie chinoise est encore sujette à de nombreux déséquilibres. L’exode rural, les inégalités interrégionales, le chômage dans certaines zones, la faiblesse de la productivité agricole ne sont qu’un échantillon de défis qui attendent des solutions. Mais on ne peut nier les réussites dans divers secteurs et se demander comment en un temps record un pays sous-développé se propulse en première nation économique mondiale. Cela n’a rien à voir avec les bas salaires, explication simpliste proposée par de nombreux analystes. Il y a bien d’autres pays ex-communistes qui ont accompli des miracles économiques, comme le Vietnam. Mais la Chine demeure singulière. On ne peut pas copier totalement le modèle. Ce n’est ni possible ni efficace. Par contre, il peut y avoir des pratiques salutaires qui peuvent être transposables. Il faut surtout savoir identifier les caractéristiques communes avec les réussites d’autres pays qui ont réussi des transformations remarquables : Malaisie, Corée du Sud, etc.

Les éléments les plus importants qui ont permis d’atteindre ces résultats se classent à mon avis ainsi :

1. une planification stratégique de qualité ;
2. des choix judicieux qui ont priorisé le développement humain d’abord (mise à niveau du système de formation et de recherche), l’amélioration managériale, et donc la mise à niveau réussie des entreprises et des administrations ;
3. une décentralisation du développement qui a permis une mobilisation de l’intelligence et de l’énergie de tous les chinois ;
4. un placement des réserves judicieux qui privilégient l’achat d’entreprises de haute technologie (IBM, Volvo, etc.) pour diffuser les savoir-faire au sein du pays ;
5. la montée en cadence vers les échelons élevés des chaînes de valeur internationale par une politique agressive de recherche et développement et d’innovation ;
6. une politique industrielle juste, équilibrée et intelligente. Mis à part une vingtaine d’entreprises stratégiques, le pays ne fait pas de différence entre entreprises publiques et privées. Celles qui prospèrent sont accompagnées, les mauvaises partent en faillite (avec un système de traitement des effectifs et de l’outil de production).
Etre numéro 1 ou 2 ne change pas grand-chose ; a moyen terme, les deux critères donneront le même verdict. Ce qui est important à analyser, c’est qu’y a-t-il de commun entre les réussites des pays émergents qui puissent nous inspirer ? Et là, nous avons beaucoup de leçons à apprendre de la Chine. 

 

Abdelhak Lamiri
 
 
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