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Cette émergence qui tarde à venir

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le 06.02.17 | 10h00 Réagissez


Malgré les assurances des différents gouvernements qui se sont succédé depuis 1962, les citoyens attendent toujours et attendront peut-être indéfiniment que notre pays soit classé parmi les nations émergentes. La victoire aurait été une grande fierté pour le peuple algérien. Mais en plus des effets psychologiques, nous aurions eu des retombées matérielles importantes.

Le chômage aurait reculé sous la barre des 3%, les universités auraient atteint un niveau qualitatif mondial, le logement ne serait encore un problème que pour une infime minorité et les soins recueillis au niveau national seraient aux standards mondiaux. Nous avons là un échantillon de répercussions favorables, conséquence d’un développement maîtrisé. Tout cela et bien d’autres réalisations auraient été possibles. Des pays beaucoup plus pauvres que nous les ont accomplies. Mais à chaque tentative, le citoyen commence à espérer que les nouvelles politiques économiques donneraient des résultats différents de ceux du passé ; mais en fin de course, on se résigne toujours au  Il est intéressant d’analyser le pourquoi de ces déceptions répétitives.

Ce n’est pas pour les raisons que pensent beaucoup : éviter de faire les mêmes erreurs. Les spécialistes en management croient très peu en gérant par l’identification des erreurs d’autrui afin de les éviter. Pour une raison très simple ! Le nombre d’erreurs possibles est illimité. Eviter quelques erreurs n’aidera pas à échapper à des milliers d’autres qui resteraient à faire.

Pour cela, il faut plutôt gérer par les facteurs-clés de succès : les décisions prises ailleurs qui ont produit des résultats et qui sont transférables. Aujourd’hui, il suffit de chercher pour trouver. Le nombre de recherches sur la question de l’émergence progresse beaucoup plus que sur les thèmes classiques. Le nombre de connaissances de l’humanité double chaque 7 à 9 ans. Nous avons beaucoup plus un problème de méthode de choix et de tri d’information que celui du manque. Et alors, si le problème des connaissances et de l’information ne se pose pas, quels mécanismes sont en jeu pour expliquer ces ratages ?

Ni développement ni chaos

Aujourd’hui, la réalité est en train de démentir deux groupes d’individus pour ce qui est de l’avenir de notre pays, suite à la crise des prix pétroliers. Le premier, qui a parié sur une déliquescence rapide de notre économie ne la voit pas venir. Et le chaos ne viendra sans nul doute pas. En partie parce que nous avons constitué des réserves importantes pour lisser la transition. Mais surtout à cause des ajustements rapides de politiques économiques juste après l’effondrement des prix : réduction drastique des dépenses d’équipements et substitution progressive de la fiscalité ordinaire à la fiscalité pétrolière. Certes, les Algériens, notamment les couches les plus vulnérables, ont ressenti les effets de la crise.

Tout le monde continuera à la ressentir. Mais une crise généralisée type Venezuela est à écarter, puisque les secteurs économiques -surtout l’agriculture- avec les nouveaux projets vont mieux stabiliser l’économie interne. Les analystes les plus alarmistes n’ont pas bien apprécié la capacité de résilience de l’économie nationale. Aujourd’hui, peu parlent d’une déliquescence rapide et prolongée de l’économie nationale. On parie plutôt sur une longue croissance faible.  La réalité a donné tort aux ultra pessimistes. Ceux qui continueront à parier sur un chaos économique seront surpris par la capacité d’ajustement de l’économie nationale. Ceci dit, la situation ne sera pas rose.

Cependant, les éternels optimistes ont aussi été déboutés. Ceux qui pensaient que les réserves que l’on a constituées nous permettraient de passer cette période avec peu de heurts, tout en aspirant à être un pays émergent se trompent lourdement. Certes, la résilience a été remarquable. La réorientation vers l’économie productive a été salutaire.

La révision drastique des programmes d’infrastructures exagérés a été demandée par beaucoup de nos experts. Elle n’a eu lieu que sous la contrainte. La croissance économique a été réduite de moitié, ce qui est tout à fait normal, suite à la réduction des ressources injectées dans l’économie. De toute façon, malgré les énormes ressources mobilisées par le passé, nous n’aurions jamais été une nation émergente. Développement et ressources font rarement bon ménage. Considérez le Qatar, les Emirats arabes unis et l’Arabie Saoudite, pays hautement plus riches que nous. Leurs politiques économiques ont produit de la modernisation sans développement. Le fait est que l’émergence requiert que l’on choisisse d’autres priorités que de moderniser ses équipements par des projets clés en main.

A quoi faut-il s’attendre ?

Mis à part les événements d’Octobre 1988 qui ont des causes complexes et multiples d’ordre économique et politique, l’Algérie a su éviter que l’économie ne dérape au-delà d’un certain seuil de tolérance. Même durant la décennie noire et la politique antisociale dictée par le Fonds monétaire international, le pays a su éviter le pire.

De nos jours, nous sommes dans une bien meilleure situation. Non pas parce que nous avons plus de ressources, mais parce que nous sommes en situation de prendre nous-mêmes les décisions qui nous conviennent. Nous n’avons pas à produire des propositions pour satisfaire une institution internationale mais surtout concevoir les politiques économiques qui nous conviennent. Ce sont deux choses tout à fait différentes. Le FMI a ordonné l’ouverture économique tous azimuts de notre économie, conformément à la doctrine du consensus de Washington, alors que nos entreprises et nos institutions étaient mal préparées. Mais suite aux critiques de nombreux économistes et aux résultats décevants de telles pratiques, le FMI a changé d’ordonnance. Mais entre-temps, le mal fut fait aux pays qui ont suivi strictement cette thérapie.

L’ émergence requiert plusieurs types de choix. Bien évidemment, on ne peut en évoquer la plupart dans ce contexte. Elle concernerait tous les aspects de la vie économique et politique du pays, parce que l’organisation institutionnelle est fortement interpellée. Nous évoquerons un seul des multiples aspects de l’émergence : la mise à niveau.

A juste titre, pour gagner dans la bataille de la mondialisation, nous devrions mettre à niveau nos entreprises. La compétitivité est une exigence évidente de réussite. Par ailleurs, les hommes d’affaires algériens, à juste titre, évoquent à chaque occasion la nécessité de mettre à niveau l’environnement dans lequel baignent ces entreprises. Mais on parle souvent de banque, d’administration, de foncier, etc. Il est vrai que ce sont les interfaces directes des entreprises. Très peu vont à l’essentiel. La mise à niveau globale doit débuter quelque part. Nous sommes en mode de gestion par projets dans ce contexte.

Nous devons ordonnancer les actions, c’est-à-dire prioriser les activités à entamer en premier lieu. Et c’est là où on se trompe de priorités. La mise à niveau doit commencer par et privilégier le système universitaire d’abord. C’est la priorité des priorités. Il faut lui allouer les ressources et rénover son management de sorte à le promouvoir parmi les meilleurs. C’est lui qui va par la suite contribuer à débureaucratiser la vie économique, hisser le mode de fonctionnement des entreprises et des institutions publiques, créer les sociétés de savoir qui vont booster l’agriculture, l’industrie et les services. Aucun pays n’a émergé avec un système universitaire peu performant. Alors ne mettons pas la charrue avant les bœufs. On a deux alternatives : démarrer en parallèle toutes les réformes, ce qui serait plus difficile à gérer, ou commencer par la priorité des priorités, c’est-à-dire mettre à niveau le système universitaire d’abord. Aucun pays n’a réussi en le traitant en dernier.

A. L.
PH. D en sciences de gestion

 

Abdelhak Lamiri
 
 
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