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Booster l’investissement : Quelles solutions sont possibles ?

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le 20.03.17 | 12h00 Réagissez

Lors des différentes rencontres nationales sur la manière de booster l’économie algérienne, un consensus se dégage : libérer l’investissement productif.

Syndicalistes, patrons, experts et simples citoyens sont unanimes pour clamer tout haut que seul l’investissement productif pourrait réduire l’impact du contre- choc pétrolier et à terme induire une croissance salutaire. Les défis auxquels fait face notre pays sont nombreux : à terme, une remise en cause de la globalisation et l’apparition de politiques du chacun pour soi et la démographie qui commence à galoper dans notre pays et menace les équilibres économiques fragiles. Aussi, un marché pétrolier trop incertain : la stagnation des prix sur le long terme semble s’installer dans la durée. Les forces du marché s’orientent de plus en plus vers un confinement des prix autour de 45 à 60 dollars le baril. Si les prix grimpent au-delà de cette zone les investissements en gaz et pétrole de schiste vont boomer, inonder le marché et ramener les prix plus bas. Si les prix chutent plus bas beaucoup de gisements de schiste seront fermés et on retourne autour des prix dans cette fourchette.

Il y a bien d’autres facteurs en jeu. Le marché de l’énergie est un des plus imprévisibles en opération. Ses variables sont complexes (comme la géostratégie) et impondérables.  Mais des prix autour de 45 à 60  dollars nous permettent à peine de financer un budget difficile à boucler. On ne peut pas faire de folies comme les anciens plans de relance. La situation est vivable, mais ne nous donne pas les moyens nécessaires pour financer l’émergence. Alors, la seule variable macroéconomique qui demeure capable d’améliorer les conditions actuelles reste l’investissement. Mais pourtant, la situation demeure tendue dans ce domaine. Il est clair que les pouvoirs publics donnent des directives aux banques et aux administrations pour en faciliter son développement, mais rien n’y fait. Aussi bien les banques que les administrations continuent de dissuader de nombreux projets pourtant salutaires à notre pays. Les pouvoirs publics doivent se poser ces deux questions fondamentales : quelles en sont les causes profondes ? Comment y remédier ?

Causes essentielles

Tout phénomène économique et social recèle des causes multiples et variées. On ne peut donc être exhaustif quant à leur énumération. Il en restera toujours des éléments en dehors de tout modèle considéré. Le fait que l’investissement fait l’objet de quelques soutiens et de nombreux blocages est lié à de nombreuses considérations. En premier lieu, l’Etat récolte ce qu’il a semé il y a longtemps. On a toujours diabolisé durant les décennies passées le secteur privé, un ex- Premier ministre a même, durant un discours officiel, qualifié les privés de charognards. Les discours passent mais les clichés restent gravés dans les mentalités. Beaucoup de décideurs sont restés sur la culture économique de l’étatisme malgré les mutations mondiales et nationales.

Nous sommes l’un des rares pays, où beaucoup d’analystes et de décideurs, et même de chercheurs, pensent qu’on aurait pu réussir le modèle des années soixante-dix si on ne l’avait pas abandonné. Nous ne parlons pas de le réformer. Les politiques économiques ont changé plus rapidement que la culture ambiante.
Beaucoup d’administratifs ne comprennent pas qu’en retardant ou en bloquant l’investissement ils contribuent au chômage, à l’importation, aux maux sociaux, aux noyades en mer, etc.

Chacun considère que les conséquences de ses décisions sont minimes, une simple goutte d’eau dans l’océan et que l’enfer ce sont les autres. Ceci s’explique aussi par d’autres facteurs : la dévalorisation de leurs activités, une rémunération parfois ridicule, l’absence de formation, des échelles de carrières bloquées et le reste. Ils sont en même temps victimes et bourreaux. Mais l’une des raisons les plus importantes est managériale. Elle figure en tête des principes énoncés par un géant du management, Henry Fayol, dans son fameux ouvrage de 1916, Administration des entreprises. Il explique que nulle entreprise, nul pays ou nul secteur d’activité ne peut être performant s’il ne fait pas sien le fameux principe de l’autorité égale à la responsabilité. Il y a plusieurs mécanismes explicatifs de ce principe. Mais le plus important est : dès que quelqu’un a le droit de décider sur une activité il doit en être responsabilisé sur ses conséquences. Si quelqu’un ou un comité décide d’autoriser ou pas l’investissement, il doit être responsabilisé, sur le volume des investissements, l’emploi créé, la richesse induite, etc. S’il décide et que personne ne mesure les conséquences de ses décisions, des catastrophes s’ensuivront.

Que faut-il faire ?

Nous avons ici une piste sérieuse. Dès lors qu’il y a des personnes qui décident alors que l’on ne mesure pas les conséquences de leurs décisions, il n’y a donc aucune transparence et aucun système de rémunération/pénalisation : on ne peut que prévoir des catastrophes. L’essence du management public est là : rendre les gens transparents et redevables. Il faut donc mettre les indicateurs qu’il faut en fonction des attributions liées aux fonctions. Mais il faut donner à ces gens les moyens et l’autorité nécessaires. Les spécialistes en management public maîtrisent cela à merveille. Techniquement, il n’y a aucun problème à mettre en place ces systèmes en opération. Il faut seulement une forte volonté politique et les moyens.

Beaucoup de pays ont fait faire des progrès significatifs dans le domaine de la libéralisation de l’investissement à leur pays, comme le Brésil et la Malaisie. Nous avons besoin donc de créer ces indicateurs et responsabiliser les personnes en fonction de ces repères. C’est l’élément-clé qui nous permettrait de maîtriser l’investissement et de le booster. C’est tout un management du changement qu’il faut opérer: communiquer, former, prendre en charge les craintes, identifier et promouvoir les adeptes du changement, célébrer les petites et les grandes victoires, etc. Nous avons une mesure technique obligatoire qui va induire une très grande transparence. Nous devons aller progressivement vers un système totalement informatisé et bien protégé, qui permette de délivrer rapidement et automatiquement des autorisations d’investir pour les projets qui ne nécessitent pas d’accords et de crédits. Pour le reste, nous aurons un système où l’investisseur (même pour les petits montants) fait une déclaration informatisée, dont le contenu ira à différentes institutions (banque, agence d’investissement, wilaya, cellule d’investissement au niveau du Premier ministère et autres).

Les autorisations, les crédits, le foncier, etc., auront des délais clairs de réponse intégrés dans le système informatique. Passé ce délai, des clignotants rouges s’allument partout et on saura qu’il y a un problème au niveau de la structure qui bloque : il y aurait peut-être un dysfonctionnement ou un blocage volontaire. Mais le fait que la transparence sera totale dissuadera de nombreuses personnes d’opérer des bocages volontaires ou involontaires. Les dossiers de crédits déposés dans des wilayas lointaines qui stagnent des mois seront visibles (en rouge) partout dans le système informatique et on localise rapidement le lieu et la structure de blocage et le voyant lumineux s’allume partout jusqu’au niveau de la cellule du Premier ministère.

Ce système serait un jeu d’enfant à concevoir par nos informaticiens. Il ne va pas régler tous les problèmes. Mais je suis sûr qu’il va réduire de plus de 90% des processus et des causes bureaucratiques qui entravent l’investissement et le développement de notre pays. On peut le tester dans une wilaya et le généraliser dès qu’il donnera des résultats acceptables. C’est le meilleur mécanisme que l’on puisse mettre en place. On a créé énormément de comités qui ont produit peu de résultats pour de nombreuses raisons. Mais le comité en charge de booster l’investissement est trop important pour négliger les facteurs-clés de succès liés à sa raison d’être.

Abdelhak Lamiri
 
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