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Anticipations et performances économiques

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le 09.04.18 | 12h00 Réagissez


L’économie a de tout temps intégré les croyances des agents économiques dans ses considérations. C’est ce que pensent les gens, ce qui est déterminant pour leurs comportements.

Personne ne connaît la réalité prévisionnelle. Comment va évoluer l’économie algérienne ? Dès lors qu’on est optimiste sur la question, on projette une économie florissante et on intègre son devenir dans cette perspective. Si on a des ressources, on investit dans le pays, on prend des risques calculés et on fait confiance à l’avenir.

Dès lors qu’on est pessimiste, on projette un chaos économique plein de chômage, de privations et de dégradations du niveau de vie. Lorsqu’on dispose de ressources, on investit très peu. Les plus démunis auront à cœur de quitter le pays, comme les milliers de personnes qui prennent le risque d’affronter les aléas de la mer. C’est ce que l’on pense qui influe sur la manière d’agir.

En réalité, personne ne peut prévoir ce qui se passera exactement, car les variables en interaction sont multiples. L’aléa politique est déterminant et il est imprévisible.  Néanmoins, on s’en fait une idée sur la base des développements réels, des idées perçues, l’évolution de la situation et également les déclarations des responsables et les critiques des analystes et des citoyens.

On se forge une idée sur l’avenir d’un pays ou d’une entreprise sur la base d’une myriade de détails. Certains acteurs sont plus importants que d’autres. Par exemple, dans une entreprise, généralement, si elle n’a pas une culture pervertie, ce sont les messages émis par la haute direction qui sont déterminants. Mais dans l’ensemble, ce sont plusieurs messages qui contribuent à façonner les anticipations des agents économiques.

Les anticipations se gèrent

En management, il est largement admis depuis des décennies que la haute direction est en grande partie responsable de ce que pensent les gens de leur milieu de travail et de l’avenir de leur entreprise. On se pose souvent les questions du genre : comment influencer positivement les croyances et les agissements des personnes? Toutes les disciplines sont interpellées pour peser de tout leur poids sur le mental des membres de l’entreprise. Mais il y en a une qui est plus sollicitée que les autres : la communication.

Cette dernière a pour but de concevoir tout un plan pour gérer ce phénomène. Tout comme la communication externe (publicité, promotion, relations publiques..) concourt à informer les clients réels ou potentiels sur les rapports qualité/prix des produits et services de l’entreprise et projette son image dans le conscient et l’inconscient du public, la communication interne véhicule des messages aux objectifs multiples.

C’est ce qui explique l’explosion des structures internes de communication. Jadis l’activité était intégrée dans les directions des ressources humaines. Aujourd’hui on érige de plus en plus des directions de communication comme activité autonome, mais intimement intégrée à toutes les autres fonctions. Les schémas macro-économiques ont toujours intégré les perceptions des agents économiques. Toute une école de pensée (les anticipations rationnelles) a bâti son schéma conceptuel  sur les conceptions que se font les acteurs économiques de la réalité et de son évolution. Les nations vigilantes n’ont pas fait abstraction de ces comportements. Les pays baltes avaient fait, dès la chute du mur de Berlin, de l’intégration à l’Union européenne leur objectif ultime (rêve diront certains). Pour ce faire, ils doivent remplir un certain nombre de réformes.

Ces dernières ont été facilitées par un plan de communication en direction de la population pour clarifier les objectifs et les moyens d’y parvenir. Soudain, les citoyens se mirent à s’intégrer dans le plan commun. Les citoyens étaient fiers et motivés de travailler dur pour un tel objectif. Tous les échelons de la société étaient mobilisés pour l’opération. Les agents économiques avaient développé des anticipations et plus de rigueur et d’abnégation pour une immense amélioration de leur niveau de vie.

La professionnalisation de la Communication

Lorsqu’au début des années quatre-vingt-dix Mahatir avait préparé avec son équipe d’experts, après un débat intense avec tous les acteurs, le fameux plan «Malaisie 2020 : pays développé», le projet fut communiqué à toute la population. Sans grande surprise, l’effet psychologique fut éminemment positif. La société toute entière s’est mobilisée à tous les niveaux. Un sentiment de fierté s’empara de tous les citoyens.

On ne peut pas détailler le plan dans ce contexte. L’année 2000 approche à grands pas et la Malaisie a déjà réussi son pari, la plupart des objectifs sont déjà atteints. La grande leçon est qu’il faut inculquer l’optimisme et la confiance en l’avenir malgré les incertitudes présentes. Mais il ne faut guère se tromper. Il ne faut pas confondre confiance en l’avenir et chimères. Le plan futur doit être réaliste, méticuleusement conçu, concerté, finalisé par les meilleurs experts du pays et exécuté par des institutions et des entreprises dotées d’un management de classe mondiale. Rien ne sert d’essayer de faire rêver les citoyens, alors que les conditions d’un décollage économique sont inexistantes. On se réveillera avec un cauchemar.

Il est dangereux d’essayer d’inculquer la peur, l’incertitude et le pessimisme. On ne peut pas semer le doute et récolter un comportement d’optimisme, d’abnégation et de haute performance. Plus qu’une entreprise, une nation a intérêt à gérer d’une manière rationnelle les anticipations de ses citoyens. La communication n’est pas un processus intuitif, on évoque des faits ou des statistiques au gré des événements et de nos humeurs. Il est donc nécessaire d’établir un plan de communication formel et s’en tenir à ses principes.

On aurait alors adapté les messages à la situation réelle et au potentiel de développement du pays. Les citoyens ont besoin de perspectives et les jeunes sentent la nécessité de planifier leur avenir en fonction de l’évolution d’un pays. Un chômeur qui décode des messages de pessimisme de la part des responsables va démultiplier son pessimisme et tenter des aventures souvent désastreuses. Il est nécessaire de professionnaliser l’activité de communication du gouvernement.

Ceci explique pourquoi les sociétés de conseil en communication connaissent un boom impressionnant (Havas a un chiffre d’affaires de 2,2 milliards d’euros). On ne s’improvise pas communicateur de nos jours. Cette activité est de nos jours l’œuvre de spécialistes.

Abdelhak Lamiri
 
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