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Année 2016 : enracinement des déséquilibres

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le 02.01.17 | 10h00 Réagissez

L’histoire économique de l’Algérie post-indépendance est riche en rebondissements aussi bien endogènes qu’exogènes. La variabilité des politiques économiques a permis des expérimentations rares dignes de figurer dans les meilleurs Text Books sur l’économie du développement. Ce serait l’un des rares cas concrets d’une claire évidence que l’abondance des ressources n’est pas la solution au développement. Le vieil adage qui stipulait qu’«on ne peut pas régler les problèmes en les inondant d’argent» serait parfaitement illustré par les récentes expériences économiques de notre pays. Les recettes des exportations entre 2000 et 2013 représentaient trois fois le montant engrangé de 1962 à 1999, même si on prenait en considération la hausse des prix. Mais soudain, dès l’été 2014, les choses commençaient à changer brusquement. Le catalogue des infrastructures réalisées et des améliorations de niveau de vie obtenues contiendrait une longue liste d’achèvements. Mais l’enracinement du développement ne s’est pas produit. On n’a pas amené la dynamique économique à un point de non-retour ; là où elle s’autonomiserait par rapport à l’injection de toujours plus de ressources publiques.

 

C’est à ce moment-là que le contre-choc pétrolier frappe de plein fouet une économie non encore mise sur orbite. Pour les macroéconomistes, nous avons un cas concret de grande valeur qui prouve encore une fois de plus que les politiques macroéconomiques de type keynésien (accroître la demande) ne fonctionnent pas dans le contexte d’institutions sous-gérées. C’est plutôt une politique vigoureuse de l’offre qu’il aurait fallu développer. Mais l’année 2014 était plutôt un avertissement, le début et non la fin du processus.

2016 : Le creux de la vague ?

Il est fort probable que nous venons de passer les moments les plus difficiles en termes de déséquilibres externes et internes. Il est nécessaire de comprendre que beaucoup de sacrifices attendent la population algérienne en termes de niveau de vie. Mais la trajectoire de l’économie se stabilise de plus en plus, sans pour cela amorcer une quelconque émergence. Il faut souligner que les décisions positives des dernières années ont joué un rôle d’amortisseur majeur : la constitution d’un Fonds de régulation des recettes (FRR) et de fortes réserves de change ont joué un rôle d’amortisseur économique et social important. Nous n’avons qu’à considérer le cas du Venezuela, hautement plus riche que nous, dont l’économie a connu un effondrement total avec des taux de décroissance de plus de 10%, une inflation qui galope et une population qui s’est nettement appauvrie en quelques mois. L’Algérie a subi un net ralentissement de l’amélioration du niveau de vie et un début de dégradation en l’absence d’un filet social toujours en voie de conceptualisation. L’année 2016 aura sans doute été la plus difficile en termes de restructuration économique, mais cela ne signifie nullement que l’ajustement est terminé.

 

D’autres sacrifices, d’autres décisions douloureuses nous attendent et les risques économiques et sociaux ne sont pas encore derrières nous. Le déséquilibre le plus important nous provient des échanges extérieurs. Nous terminons l’année 2016 avec des exportations aux environs de 30 milliards de dollars. Il y a cinq ans, nous terminions les années avec des pics de 79 milliards de dollars. Nous avons perdu 62% du potentiel d’exportations, et nous avions habitué l’économie à fonctionner avec un baril autour des 110 dollars. Ce choc aurait été sans gravité si nous avions su organiser une économie qui sait créer de la richesse avec un minimum de ressources. Mais, jusqu’à présent, aucun gouvernement n’a su le faire depuis 1962. Nous avons construit une économie qui répartit la rente et donne l’illusion de créer de la valeur ajoutée. Bien sûr, il y a quelques exceptions publiques et privées notables, mais dans l’ensemble l’économie est encore victime de son incapacité à fonctionner efficacement. La réduction des importations sur laquelle reposaient les espoirs des décideurs n’a finalement été que trop faible pour pallier la réduction des prix et des quantités des hydrocarbures. Il faut dire que les outils utilisés pour la manipulation des importations sont encore insuffisants. 

Les déséquilibres s’aggravent 

C’est à ce moment-là que la démographie a choisi de s’envoler. Nous comptons plus d’un million de naissances par an. Ceci va rogner sur l’amélioration du niveau de vie qui ne manquera pas d’être affecté par une diminution de la croissance. Ainsi, les données globales estiment le taux de croissance pour 2016 à environ 3,5% par an ; ce qui est en soi une prouesse, considérant le poids de la valeur ajoutée des hydrocarbures. Le processus démographique est un élément neutre. Pour un pays aussi vaste et aussi riche que l’Algérie, cela aurait pu être une source de croissance économique à deux chiffres, une conquête de nouveaux espaces économiques et un décollage économique. Mais pour une économie à faible productivité et structurée pour distribuer au lieu de créer de la richesse, la démographie sera un fardeau difficile à supporter. Nous devons créer un million d’emplois par an pour peser significativement sur le chômage. La tâche n’est pas aisée vu l’assèchement des ressources. L’emploi devient un problème social plus épineux que celui du logement. Il est la source de mécontentement le plus cité par les citoyens. Le déficit budgétaire record prévu à 25 milliards de dollars sera dépassé. On atteindra probablement 28 milliards de dollars. On ne peut continuer sur ce rythme. Le budget 2017 contient une trajectoire sur trois ans, qui vise à se rapprocher de l’équilibre budgétaire. Mais 2016 demeure une année d’un déficit record. 

 

L’inflation est également une préoccupation majeure des citoyens. Selon les statistiques de l’ONS, elle ira se situer entre 5,8 et 6%. Les citoyens pensent qu’elle est nettement supérieure. Pour le moment, elle est contenue dans des zones supportables pour la majorité, mais pas pour les couches les plus fragiles. Le maintien des subventions a limité les dégâts. Mais il constitue une problématique ingérable pour le budget de l’Etat. Un système de ciblage plus performant fait l’unanimité des experts et des acteurs économiques, mais il tarde à se concrétiser. Les politiques publiques de riposte à la crise ont pu limiter les dégâts. Des détériorations ont eu lieu, mais pas d’une gravité dangereuse.

 

Ainsi, deux développements positifs ont eu lieu ; en premier, l’amélioration très partielle du Doing Business. L’Algérie a gagné dans les classements internationaux et on commence à comprendre qu’un pays ne peut jamais avancer alors qu’il bloque ou retarde la dynamique économique. Le deuxième développement, c’est l’abandon de la politique du tout infrastructures au détriment de la sphère économique. Il y a eu un rééquilibrage au profit des secteurs productifs, peu financés lors de l’aisance économique. Mais ces politiques n’induisent en rien l’émergence. Pour cela, il faudrait d’autres politiques plus qualitatives. 2016 peut être considérée comme une année où les dégradations ont été les plus sévères. Les politiques économiques ont probablement limité les détériorations. Mais nous n’avons pas eu droit aux politiques économiques qui propulseraient l’Algérie au rang de pays émergent. Et pourtant, elles sont possibles même en période de crise comme la nôtre.

 

Abdelhak Lamiri
 
 
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