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2017 : année de la difficile remontée ?

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le 09.01.17 | 10h00 Réagissez


Selon toute vraisemblance, l’année 2016 aura été celle des déséquilibres les plus importants. Nous aurons bientôt les derniers chiffres. Le déficit budgétaire se situerait entre 28 et 30 milliards de dollars. Les réserves pourraient atteindre 116 milliards de dollars. Les recettes extérieures seraient aux alentours de 30 milliards de dollars, comparés aux 79 milliards de 2012. Le choc fut sévère et brutal. Mais l’économie l’a amorti avec peu de dégâts grâce en partie aux réserves constituées et au Fonds de régulation des recettes (FRR), largement épuisé maintenant.

Les transferts sociaux ont largement contribué à l’amortissement du contre-choc pétrolier. Bien évidemment, les couches les plus défavorisées ont ressenti plus que le reste ce choc. Des pays beaucoup plus riches que nous, tels que l’Arabie Saoudite, ont adopté des traitements de choc qui avaient réduit drastiquement le niveau de vie des couches défavorisées ou le Venezuela dont l’économie s’est carrément effondrée.

L’Algérie peut se targuer d’avoir relativement mieux amorti le choc, même si de légères détériorations ont eu lieu ? Mais pouvons-nous continuer à le faire ? Au-delà des dispositions de la loi de finances, quelles sont les politiques économiques qui sous-tendent l’approche à moyen et à long termes ? Les reproches faits aux décideurs concernent les dépenses pharaoniques d’avant le choc pétrolier sont maintenant inutiles. Lorsque les annonces de plans de relance d’une ampleur jamais connue furent portées à la connaissance du public, aucune objection n’a été formulée par une quelconque institution ou personnalité.

Il y avait une unanimité dans l’encensement de la démarche. Les objections ne sont venues que plus tard, lorsque les résultats étaient en deçà des attentes ; et surtout en comparaison des volumes de ressources injectées. La responsabilité est donc collective. Un proverbe chinois disait : «Il ne faut jamais pleurer la jarre cassée ni l’eau versée.» Le mal est fait et il est impossible de revenir en arrière pour formuler d’autres politiques. Le plus important est de s’interroger sur ce qu’on doit faire pour mieux négocier les virages difficiles qui nous attendent.

Au-delà des chiffres, les enjeux

Les analystes ont amplement commenté les mesures contenues dans la loi de finance 2017. Les hausses — relativement légères — de la TVA, du carburant, des transactions immobilières, du tabac, de l’alcool etc. sont loin de permettre un équilibre budgétaire, même si ce dernier est supposé s’améliorer par rapport à 2016. Mais la réorientation des politiques économiques se fait à plusieurs niveaux.

En premier lieu, la loi de finance 2017, contrairement aux autres, s’insère dans une trajectoire budgétaire de trois ans (2017-2019) qui conduirait en fin de parcours à une position proche de l’équilibre. C’est une position intermédiaire entre les recommandations des experts qui demandent à insérer les lois de finances dans une perspective stratégique du long terme (vingt à trente ans) et les pratiques du passé dont l’horizon ne dépassait pas une année. Nous avons une amélioration en ce sens, mais pas suffisante pour amorcer une véritable émergence. Il est utile de remarquer que nous sommes le pays où la loi de finances est la plus analysée et la plus scrutée dans le monde. On s’attend à ce que nos problèmes soient réglés par les dispositions contenues dans les lois de finances, alors que les solutions sont ailleurs.
Le second rééquilibrage provient de l’ajustement effectué par l’intermédiaire du budget d’équipement. Il y avait des années où le budget d’équipement dépassait celui de fonctionnement.

C’était une anomalie qui n’existait nulle part. Les ressources énormes englouties dans des projets multiples dépassaient de loin les capacités d’absorption de l’économie nationale.

Le rééquilibrage a commencé en 2015 et on arrive à un budget de fonctionnement qui dépasse de loin celui d’équipement ; on rentre dans une situation de normalité budgétaire, après maintes anomalies commises.

La réduction drastique du budget d’équipement a été la mesure phare — mais peu commentée — d’ajustement à la nouvelle situation. La diminution drastique des dépenses d’équipement a été revendiquée vers la fin du troisième plan de relance lorsqu’on commençait à s’apercevoir que ce choix n’était pas le bon pour le pays. Il ne fut décidé que sous la contrainte des ressources. La troisième remarque concerne les recettes. Nos budgets commencent de plus en plus à ressembler à ceux d’autres pays en ce sens que la fiscalité ordinaire devient la source dominante des recettes.

Le grand défi de 2017 : Gérer les anticipations des citoyens

Le budget en lui-même va probablement devenir une préoccupation secondaire par rapport à deux immenses défis du futur. Le premier concerne la balance des paiements. Comment maintenir des réserves au-dessus des 100 milliards de dollars fixés par le gouvernement ? C’est un pari qui devient de plus en plus difficile à tenir. Certes, quelques frémissements positifs du marché pétrolier sont enregistrés, mais au même moment où les prix ont dépassé les 55 dollars, des centaines de puits de pétrole et de gaz de schiste commencent à être forés. La nouvelle Administration américaine va relâcher les normes environnementales et il y a fort à craindre que les exportations américaines d’hydrocarbures vont reprendre. Donc, il faudra plutôt chercher la solution du côté national. La réduction des importations se fait à un rythme qui n’est pas satisfaisant, et on risque donc d’épuiser une grande partie des réserves et accroître notre vulnérabilité.

Le second facteur concerne la gestion des anticipations des citoyens. Pour le moment, les rumeurs alarmistes gagnent du terrain. Surtout si l’Etat laisse filer les conséquences exagérées de ces mesures. Une augmentation de 9% des coûts moyens de transport va induire des augmentations de 30 à 40% des prix des transporteurs, etc. Les efforts faits par le gouvernement pour limiter les hausses vont se traduire par des conséquences très fâcheuses en réalité. Les hausses sont intervenues avant la finalisation du filet social, ce qui complique leur gestion. L’Etat n’a pas un plan de communication fiable pour orienter les anticipations des citoyens. Le défi est de donner espoir aux citoyens que les efforts d’aujourd’hui produiront des impacts positifs dans le futur.

Nous avons là un défi central que le gouvernement se doit de gagner, car le contexte social est difficile et les perceptions des citoyens induiront des comportements favorables ou dangereux. Le dernier défi est celui de la rationalisation dans l’utilisation des ressources, autrement dit comment gérer les entreprises et les institutions. Notre faiblesse manifeste demeure immense dans ce domaine. Aucun gouvernement depuis l’indépendance n’a réussi à relever le défi managérial qui a toujours été la cause parlante de nos problèmes.

Qu’y a-t-il de nouveau pour venir à bout de ce problème qu’on n’a jamais pu résoudre ? La stagnation de la productivité n’est pas une question de loi de finances. Mais cette dernière doit contenir les ressources et les mécanismes pour utiliser plus efficacement les moyens disponibles. Le problème et la solution sont là : comment améliorer le management pour booster la productivité ? Scientifiquement, les solutions existent et sont connues. Mais elles tardent à se mettre en place dans notre pays


 

Abdelhak Lamiri
 
 
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