Chroniques Point Zéro
 

Journal d’un frère (1)

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le 19.03.17 | 12h00 Réagissez


Ce matin, comme d’habitude, trois cafés bien forts et une dizaine de cigarettes. Des Rym bien sûr, je reste nationaliste avec mes poumons. Puis j’ai donné quelques coups de téléphone, ou plutôt en ai prêté puisqu'on me les rend toujours. Bref, quelques affaires courantes à régler, par Mobilis et d’autres, moins courantes, par un autre opérateur.

C’est l’avantage de l’époque, on peut tout faire par téléphone maintenant, surtout que je ne sors plus beaucoup depuis que ma tête commence à devenir connue. Pourtant, j’ai tout fait pour ne pas apparaître ; discret, presque invisible, mais quelques apparitions par de mauvais cameramen de la télévision ont ruiné mon projet. Bien sûr, ces maladroits de l’image ont été punis, mutés à In Guezzam pour filmer des gazelles. Je sais, il n’y en a plus, mais bref, pour dire que je ne sors plus, quelques tours en voiture pour voir Alger, où j’ai grandi, un peu mal c’est vrai, pas riche, sans aucun pouvoir, et puis c’est tout. Je sais, maintenant tout a changé : Alger, moi, mon rapport à la ville, le pays et le monde. On me dit mourant, tout comme on annonce mon frère déjà mort. Que de la haine, pourquoi ? Parce que le pouvoir, le pouvoir, tout le monde veut avoir le pouvoir et en même temps, tout le monde déteste les gens de pouvoir. Moi, je ne l’ai pas cherché, il m’est tombé dessus par hasard. On me courtise, parce que j’ai le pouvoir, mais souvent je me pose la question inverse, est-ce que finalement je n’ai le pouvoir que parce qu’on me courtise ? Qui a commencé ? Même l’autre, l’industriel qu’on a éjecté de la cour, a joué des coudes pour venir me serrer la main à un enterrement. Oui, je fais les enterrements, c’est aussi un peu ma fonction, j’accompagne les morts et c’est là que tout le monde se rencontre, jamais dans les fêtes. Etrange, c’est vrai, c’est quand les gens meurent qu’on fait des affaires. Le pouvoir, c’est compliqué, surtout quand on en a et qu’on est censé ne pas en avoir. La famille, finalement, il n’y a que ça de vrai.

Chawki Amari
 
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