Chroniques Point Zéro
 

Et un jour, elle s’est réveillée pauvre

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le 29.11.16 | 10h00 Réagissez


Elle a fait des études normales, puis a trouvé un travail, moyennement payé mais honnête. Puis elle s’est mariée, avec un homme très normal, et a eu deux enfants plus ou moins normaux, qu’elle a élevés tout en continuant à travailler normalement. Elle a ainsi vécu, votant pour Bouteflika à chaque mandat, convaincue des choix du régime et de cet homme qui parle 12 langues, même s’il ne lui parle plus. Optimiste, elle s’est toujours dit que normalement l’Algérie serait un géant régional et que la main étrangère ne pourrait pas toucher ses acquis. Mais en 2017, tout a basculé. Les dirigeants algériens ayant oublié de travailler, impôts, taxes, augmentations et arrêts des subventions l’ont ruinée. L’Etat l’a dépouillée, elle et son mari, et l’inflation générée par la hausse globale a fait le reste.

Carburant, électricité, produits alimentaires, transport, tout est devenu plus cher, baissant son pouvoir d’achat et, de fait, amputant son salaire, qui n’était déjà pas énorme, de près de 30%. Elle a éliminé les vacances, les sorties, la viande, les voyages, a abandonné définitivement le poisson, n’a plus acheté de vêtements, a coupé l’internet, le téléphone fixe, interdit les produits d’importation, les yaourts d'Ouyahia et les chocolats de Suisse. Elle a commencé à habiller ses enfants à la friperie, à regarder la télévision algérienne après avoir vendu son démo, puis a vendu son téléviseur pour écouter la radio. Quelque temps après, les disputes avec son mari se sont multipliées à cause de l’argent du ménage. Ils ont fini par divorcer normalement et elle s’est retrouvée seule avec ses deux enfants. Elle a dû vendre sa petite voiture, habiter chez sa mère, prendre les transports en commun, puis vendre ses bijoux. Elle n’a rien fait, n’est pas responsable, n’a pas dilapidé d’argent, n’a jamais volé et n’a jamais été un dirigeant de l’économie ni même militante d’un parti politique. Mais un jour, comme ça, elle s’est réveillée et a compris qu’elle était devenue pauvre.
 

Chawki Amari
 
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