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2013-2020, ou l’art algérien de ne pas lire les prospectives

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le 07.01.13 | 10h00 Réagissez


Le gouvernement algérien du début des années Bouteflika n’a pas prévu les excédents financiers de la fin de la décennie. La montée des cours du brut à partir de 2005 était pourtant un fait de librairie. De nombreuses prospectives annonçaient dix ans plus tôt l’arrivée imminente d’«un monde de rareté». Celui des matières premières et de l’énergie. Ils auront été plus nombreux à le faire que pour l’éclatement de la bulle spéculative de l’immobilier aux Etats Unis, point de départ de la crise économique occidentale la plus grave depuis 1929.

La prospective n’intéresse pas les décideurs algériens. Des deux tendances, en postes ou redresseurs. L’imprévoyance dans le sens de l’enrichissement est aussi peu excusable que celle dans le sens inverse. Comme au milieu des années 80. Nuisances en cascade dans les deux cas. Le gouvernement n’a pas prévu qu’il allait se retrouver à la tête d’un trésor de 200 milliards de dollars de réserves de change et n’a donc jamais pensé réformer sa gestion des avoirs.

Ni fonds souverains, ni stratégie d’acquisition à l’international. Tout juste du désendettement par anticipation. Un mécanisme intellectuellement paresseux. La Russie, l’Angola, et même l’Iran avant les sanctions, se sont déployés en même temps que gonflaient leurs revenus énergétiques. Les autorités algériennes, elles, ont réagi semestre après semestre à un «embellissement» financier – selon la formule légère – dont elles n’arrivaient à anticiper aucune des conséquences. Ainsi, en 2006 pour le bond des dépenses publiques.

La hausse des recettes fiscales énergétiques allait produire un bond des importations. Le gouvernement n’a surtout pas prévu qu’une montée des revenus algériens allait coïncider avec le moment critique du démantèlement tarifaire lancé en 2003 par l’accord d’association avec l’Union Européenne. Conséquence, une loi de finances complémentaire de 2009 qui improvise sur un coin de table face à une tectonique planétaire. Trois ans plus tard, les importations sont 20% plus hautes et les mesures pour les endiguer gênent plus les producteurs nationaux que les importateurs «pure souche». A l’imprévoyance sur la montée des importations, fait écho une série d’autres, toutes liées à la hausse rapide des revenus dans le pays et aux conséquences sociologiques qui lui sont rattachées. D’abord l’inflation. A près de 10% officiellement, elle est en train d’annuler tous les effets des rattrapages salariaux des trois dernières années. Un nouveau cycle de grèves s’est enclenché dès l’entame de 2013.

Dans la Fonction publique, comme dans le secteur économique. La théorie économique est peu flexible. La demande solvable avance toujours plus vite que l’offre additionnelle de biens et de services qui doit la combler. Même si elle est importée. Dans l’intervalle, l’ajustement se fait par les prix. Le gouvernement n’avait pas prévu d’avoir un problème d’inflation à résoudre dès 2013, alors que le rythme de la croissance du PIB hors hydrocarbures demeure inférieur à celui de la plupart des pays qui ont atteint ce taux de 10% dans les années passées (Turquie, Chine…).

Les autorités algériennes n’ont rien prévu de ce qui se déroule aujourd’hui dans la société algérienne. Les hausses de l’inflation et des importations bien sûr, mais aussi l’explosion des nouvelles attentes urbaines. 2013 sera l’année de l’avènement du temps de loisirs. Non pas comme un marché, l’offre n’est pas là, mais comme une forte exigence citadine. Amenée par le cycle haussier des revenus de l’Etat, puis d’une majorité d’Algériens. Les deux centres commerciaux qui ont été inaugurés à Bab Ezzouar et sur le littoral de la baie d’Alger (Ardis), ont sonné comme un révélateur. Les Algériens sont maintenant en phase de rattrapage culturel, au sens ou la consommation de masse est une posture culturelle.

Les retards de Internet, de la 3G sont du même acabit. L’Etat a été imprévoyant sur la montée des attentes de nouvelles classes moyennes. La voiture n’est plus un marqueur social. Elle se banalise. Ni un loisir. Elle engorge les villes et s’associe à l’insécurité routière. Il faut autre chose, plus, et vite. De nouveaux espaces de mixité sociale, des lieux de consommations culturels. Une industrie du temps libre autant que de l’emploi industriel. En arrivant en 1999 au pouvoir, le président Bouteflika pensait gérer une société de misère à la sortie d’un terrible ajustement structurel. Quatorze ans plus tard, la méprise est là. Il doit faire face à une aspiration sociale d’un autre type. Qualité de vie collective, promotion de la personne humaine.

«Le monde de rareté» est passé par là.  Mais cela c’est le temps présent, celui des cinq prochaines années. Au-delà, une autre prospective dit que l’Algérie pourrait à nouveau s’appauvrir ; et de beaucoup si rien n’est fait pour diversifier ses exportations. C’est, cette fois, le monde de la rareté qui touche le Sahara. Mais, pas plus que les prospectives d’il y a 15 ans sur le pétrole cher, le président Bouteflika ne lira sans doute pas le rapport Nabni du 26 janvier prochain. 2020 est un enjeu si lointain….
 

El Kadi Ihsane
 
 
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