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Krimo Rebih, ancien joueur de l'USMA et membre fondateur de l'équipe ALN : Que reste-t-il de notre football ?

Krimo Rebih, ancien joueur de l’USMA et membre fondateur de l’équipe ALN : Que reste-t-il de notre football ?

« Il faut beaucoup se méfier des comiques parce que, parfois, ils disent des choses pour plaisanter. » Coluche

Avec l’équipe de l’ALN, l’Algérie en armes soulèvera l’admiration des masses arabes au gré des rencontres engagées près de 20 mois durant. L’équipe de l’ALN se distingua en remportant le tournoi de l’Afrique du Nord. Elle reçut à cette occasion, la coupe des mains du président Bourguiba… « Les jeunes d’aujourd’hui sont devenus matérialistes, souvent sans rien démontrer sur le terrain… »



Krimo Rebih, petit homme au corps élastique, à la voix douce, au regard vif, se décrit comme un homme sensible qui sait garder les pieds sur terre, fier du personnage qu’il a campé trois décennies durant. Lors de l’accident vasculaire de son ami Meziani, il confesse qu’il a pleuré à chaudes larmes. Enfant, il rêvait d’être footballeur et il le fut avec peut-être le regret d’être passé à côté d’une carrière cadrant avec son indéniable talent. Sur le terrain, il a été formidable, généreux, solidaire et qui sait ce que le vocable collectif veut dire. « Il y a une folie dans le jeu de Krimo et une poésie qui suscite des émotions », témoigne Rachid Lalla, un de ses anciens coéquipiers à l’USMA.

Avec Hamid Bernaoui et Meziani, ils formaient un trio magique. Mais Krimo, parangon de modestie, cultive l’idée que le foot, quoi qu’on dise, n’est qu’un jeu et doit le demeurer. C’est pourquoi, sans doute à l’instar de son comportement sur le terrain, en apparence nonchalant, Krimo a une attitude désinvolte, bien dans sa peau et dans son « bleu shanghai » que les anciens savent si bien porter. Krimo est issu d’un milieu modeste, où l’on cultive les valeurs de la famille, du travail et du pragmatisme. Ses qualités sont l’honnêteté, la rigueur, la volonté, la détermination…

Il est né le 1er mai 1932 à Alger. Comme la plupart des yaouled du quartier, il débuta à Djenane El Goubi puis signa une licence à l’Idéal club musulman d’Alger, un club de 3e division dirigé par Omar Boukas, Abdelkader Dousas et entraîné par Hadj. « Le football était notre refuge, car après le débarquement des alliés, les écoles étaient occupées par les soldats. Les études, c’était fini pour nous. Il ne nous restait que la rue. Lorsque l’Allemagne a capitulé en 1945 et que les choses revenaient progressivement à la normale, on ne pouvait plus réintégrer l’école, on n’avait plus l’âge requis. C’était le règne de la débrouille… »

Issu d’un milieu modeste

Un jour, un enfant de mon quartier à Rampe Vallée, Rachid Khelil, joueur du MCA, m’a emmené faire des essais chez Bastos au stade Cerdan. Hamid « Bordeaux » qui entraînait l’USMA et qui habitait au sein du stade m’avait remarqué. J’étais tout de suite intégré sur insistance de Abdelkader Amrani, cadre à Bastos et dirigeant influent des Rouge et Noir. A l’âge de 17 ans, Krimo était déjà dans l’effectif, il y restera jusqu’en 1952, date de son incorporation sous les drapeaux à Belfort en France. En janvier 1954, il rentre en Algérie. Aussitôt, il est contacté par le MCA qu’il intègre sur instigation de Abdelkader Tchikou. « J’ai signé pour 25 000 F. Je n’ai joué qu’un seul match contre une sélection des musulmans de Finlande, j’ai marqué un but. Après, je suis parti en prenant soin de leur rendre leur argent. »

Partir c’est mourir un peu, dit le vieil adage, mais Krimo n’en souffrira point. Au contraire. Son ami, ancien de l’USMA, Chabri, était la coqueluche de Hamam Lif Club de Salahedine, fils du bey de Tunis. « Un jour, il m’a appelé : ‘’Fais tes bagages et viens rapidement.’’ J’y ai fait l’essai au demeurant très concluant, car ce jour-là le hasard avait bien fait les choses. Le club jouait contre une grande équipe du Brésil Sao Cristobao. J’ai marqué l’unique but. Le fils du bey a tenu personnellement à ce que j’intègre son club qui a vu défiler des joueurs de l’USMA, Zerar, Benhaïk, les deux frères Bentifour, Azzouz.

C’était une équipe cosmopolite avec 6 Algériens, 5 Libyens, 2 Italiens, 2 Tunisiens. J’y suis resté jusqu’en 1955, date où le bey a été déposé, pour évoluer après dans l’équipe de la communauté juive, l’US Tunisienne que j’ai fait accéder. » En 1955, Krimo retourne au bercail où sous la férule de Mustapha Kateb, il participe au Festival mondial de la jeunesse à Varsovie. « Avec les Azzouz, Zioui, Zermani, Guendriche on a défilé avec le drapeau algérien, c’était la première représentation sportive de l’Algérie combattante. » De retour à Tunis, il poursuit sa carrière à l’UST. En 1957, un tournoi de l’Afrique du Nord y est organisé. Tous les footballeurs algériens vivant en Tunisie sont convoqués par l’ALN où l’entraîneur Benelfoul et le professionnel Saâdi Abdelkader se chargent de former une sélection dirigée par Ahmed Bouda et Salah Maâchou, qui fera un périple au Moyen-Orient pour faire entendre la voix de l’Algérie. « L’idée a commencé à germer pour créer une équipe du FLN formée de professionnels évoluant à l’étranger. C’était en 1958 et l’ordre est parti de Tunis. Nous étions en tournée lorsqu’elle a été mise sur pied en avril 1958. »

Krimo poursuivra sa carrière à l’UST jusqu’à l’indépendance où il signe à l’USMA. « Je devais aller au CRB avec un bon paquet, d’autant que Si Omar Oussaïdène, qui est un bon ami, a essayé de me convaincre, mais en vain. Avec Azzouz comme entraîneur, on a gagné notre premier match à Berrouaghia par 13 à 0. Puis, ce fut la consécration avec le premier titre du Critérium aux dépens du MCA (3-0). » Le club a gardé sa mentalité. Ses dirigeants nationalistes n’hésitaient pas à aider les plus démunis lors des rentrées scolaires et des « mawassim ». Hamid Benkanoun, ancien joueur et vieil ami de Krimo, se souvient des qaâdate d’antan et des duels épiques de St-Eugène, où l’USMA s’imposait souvent en faisant le spectacle.

C’était un groupe. C’était une famille. Les brouilles avec Boubekeur restent des morceaux d’anthologie. Un jour, raconte Krimo, lors du classique MCA-USMA dont la dose émotionnelle n’est plus ce qu’elle était, j’ai inscrit un but contre Boubekeur. Cela n’a pas empêché ce dernier de venir me serrer la main en bon sportif. Les spectateurs avaient pensé à un pari. Le lendemain dans le journal, la séquence du but a été reproduite avec Boubekeur à « quatre pattes » et moi laissant transparaître mon indicible joie. Eh bien, que pensez-vous qu’il fît ? M’apercevant à la place des Martyrs, il s’est époumonné à me courir après ! Sacré Boubekeur : c’était un grand gardien, par la taille et le talent, qui avait du caractère, n’en déplaise à un de ses équipiers qui a tenté de le ridiculiser dans un livre paru récemment.

Les mentalités ont changé

Krimo bifurque sur le terrain des entraîneurs pour parler de l’un des plus valeureux d’entre eux, le regretté Bentifour qui fut un ami, un confident qui se dépense sans compter pour semer la joie et la bonne humeur. Il nous contrariait parfois, mais on acceptait sans broncher. Un jour, lors d’un match important contre le MOC, il nous enlève de la liste Meziani, Guitoun et moi, soulevant le courroux des dirigeants et des supporters, sachant la place qu’on occupait dans l’échiquier. On était des titulaires indiscutables. L’entraîneur avait ses raisons, mais il nous fera savoir par la suite qu’il en a fait un exemple et que même les « vedettes » sont passibles de sanctions !

L’amour des couleurs, le sens du devoir, le respect des aînés n’étaient pas de vains mots, rappelle Krimo, en s’appuyant sur un fait qui l’a marqué pour confirmer la place qu’avaient les valeurs dans le cœur des joueurs. Il se souvient qu’avant l’indépendance, un grand match mettait aux prises, au stade municipal, Bel Abbès à Orléans-ville. En ouverture, l’USMA donnait la réplique au JUA. « Ce jour-là, on avait pratiquement dominé toute la partie. L’USMA euphorique avait séduit par son jeu académique et le talent de ses individualités. Mais au final, elle avait perdu sur un coup franc. Dans les vestiaires, une altercation a eu lieu entre l’arrière Belkadi et le gardien Sidhoum qui se trouve être le fils du président Zaïd. Ce dernier fit irruption et vit la scène. Belkadi lui expliquait que si l’USMA avait perdu, c’était à cause du gardien. Zaïd, ému par l’attachement du joueur aux couleurs Rouge et Noir, se dirigea vers son fils et lui donna une gifle sous le regard médusé de ses camarades. Comme quoi, on ne badine pas avec le sort du club. Le signal fort voulait dire que tous les joueurs sont égaux. L’exemple a été bien perçu et le message reçu 5 sur 5. »

Benbarek, l’idole

Lorsqu’on demande à Krimo quelle est l’image qui est restée flashée en lui, il répond : « Sans doute d’avoir joué contre le plus grand joueur du monde, en l’occurrence Benbarek. Quand j’étais à Hamam Lif, lui était à l’O Marseille. C’était un match de coupe de France. La “perle noire” n’avait pas son pareil. C’était mon idole. Lui serrer la main et jouer contre lui ? Quel bonheur. Sans le toucher, il a enlevé le ballon sur la tête de Jasseron qui était pourtant très grand. Quelle souplesse ! Quelle technique ! Lorsque l’OM l’a vendu au Real, le journal L’Equipe l’avait illustré avec une image qui est tout un symbole. Benbarek partant avec une valise en forme de Tour Eiffel ! »

Krimo, septuagénaire, regarde le foot d’un œil très critique. « J’ai assisté dernièrement au match USMA-USMB. Ce que j’en retiens ? Pas grand-chose. Un jeu décousu, pas beau à voir. Pourquoi ? Parce qu’au lieu d’acheter des joueurs à coups de millions, aidons plutôt les jeunes ; créons des centres de formation ; formons les formateurs de jeunes, construisons des stades adéquats. » « Il n’y a plus de qualité. Le foot est devenu un commerce de bas étage. On cherche le résultat à tout prix. Comment voulez-vous évoluer dans un tel contexte ? Et puis regardez les mentalités. Au stade, j’ai vu des personnes âgées, vociférant, insultant jusqu’au blasphème. C’est vraiment déplorable. Il faut remettre chacun à sa place et rendre le foot aux footballeurs. Je terminerai par cette anecdote très édifiante, au cours d’un match, alors que l’équipe ne tournait pas, « Papa » Lakehal, alors entraîneur de l’USMA, effectua un changement qui n’a pas plu à Guerrouabi dans les tribunes et qui le fit savoir en hélant le coach. Ce dernier, impassible, fit semblant de ne rien entendre. A la fin, il vint vers le chanteur et lui dit à haute voix : “Est-ce qu’un jour, lors de tes concerts, je suis venu te demander de changer de drabki ?” Hdith Kyass… »

Parcours

Krimo est né le 1er mai 1932 à La Casbah. Il entama sa carrière à l’Idéal d’Alger en 1946. De 1948 à 1952, il évolue à l’USMA. Appelé au service militaire en France, il portera les couleurs de Belfort et de Limoges dans des clubs corporatifs. En 1956, il part en Libye pour se mettre au service de l’Itihad de Tripoli. Mais c’est à Hamam Lif en Tunisie qu’il s’affirmera en étant un élément clé de la formation dirigée par la famille du bey. Krimo a été l’un des fondateurs de l’équipe ALN, composée essentiellement de joueurs algériens évoluant dans des clubs tunisiens. A l’indépendance, il signe à l’USMA, son vieil amour qu’il ne quittera plus jusqu’en 1970, à l’âge de 38 ans. Le club algérois avait comme président d’honneur Ahmed Ben Bella qui assistait à certaines rencontres et était proche des joueurs. Krimo ne forçait jamais son talent pour dribbler tout un régiment de défenseurs. Ce n’est pas par hasard qu’il était surnommé le prince de Hamam Lif.



Par Hamid Tahri

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Le 26.09.2008 à 19h24
Krimo Rebih, ancien joueur de l’USMA et mmembre fondateur de l’équipe ALN : Que reste-t-il de notre football ?

Monsieur Tahri, je me permets de vous écrire parce que je crois que votre article contient deux erreurs. Je ne sais pas s’il s’agit d’un lapsus de monsieur Rebih ou d’un manque de documentation de votre part, mais le fait est que : 1)Larby Ben Barek, l’idole de Krimo Rebih, n’a jamais joué au réal madrid, qui d’ailleurs, à l’époque, avant que le régime franquiste vienne à sa rescousse pour en faire le symbole de la dictature, avait du mal à se maintenir en première division espagnole.

Il a joué à l’Atlético de Madrid, le club préféré des madrilènes de pure souche, et ce pendant six inoubliables saisons (1948-1954).

2)Ce n’est pas l’OM qui l’a vendu au club espagnol, mais le Stade Français. Ben Barek a certes joué à Marseille (1938-39 et 1954-55), mais en 1948, quand il a été vendu à l’Atlético de Madrid, il jouait pour le Stade Français. D’ailleurs un an plus tard, le gardien de but de ce même club parisien, Marcel Domingo, est venu rejoindre Ben Barek à l’Atletico.

Je suis par contre tout à fait d’accord quand monsieur Rebih affirme que Ben Barek est incontestablement le meilleur joueur de football au monde. Malheureusement, je suis suffisamment vieux pour avoir vu en direct Ben Barek des dizaines de fois, et je peux vous assurer qu’aucune des soit disant stars mondiales des 50 dernières années avait sa classe et sa technique. José María García Pérez, Madrid.

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Le 26.09.2008 à 02h43
Krimo Rebih, ancien joueur de l’USMA et mmembre fondateur de l’équipe ALN : Que reste-t-il de notre football ?

Merci Hamid pour cette interview c’est de cela que doivent s’imprégner les gens pour anecdote, de passage à Alger je discutais avec un ami entraîneur, je lui fit la remarque que nos joueurs ne savaient pas jouer, alors il ajouta, avant de parler de jeu, il faut qu’ils sachent courir. Et un autre entraîneur qui a dit à propos du salaire des joueurs, ils ne méritent même pas un bol de soupe. Je discutais avec d’autres entraîneurs et ex entraîneurs de sports co qui n’avaient pas de mots pour décrire le niveau actuel de ces disciplines. Je tiens tout de même à supporter le lecteur qui parle de négligence des autres sports, cela dure depuis 1962 car le football mondial et en particulier dans le tiers monde est l’opium du peuple. Mais actuellement même le football des jeunes est négligé, et même avec toutes les infrastructures, un complexe sportif par cartier, tant qu’il y aura des incompétents comme dirigeants, notre sport restera à la traîne. Alors arrêtez de jouer à l’autruche et retroussez vos manches

répondre


Le 25.09.2008 à 23h54
Krimo Rebih, ancien joueur de l’USMA et mmembre fondateur de l’équipe ALN : Que reste-t-il de notre football ?

le foot ball dans notre pays ,au lieu de creer un environnement d’amitié et de fraternité autour des differentes regions du pays se voit plutot encourager le régionalisme, la haine et la violence . Moi qui aimais tant ce sport roi ,je me suis retrouver à le détester (pardon on me l’a fait détester).

répondre


Le 25.09.2008 à 18h28
Krimo Rebih, ancien joueur de l’USMA et mmembre fondateur de l’équipe ALN : Que reste-t-il de notre football ?

Bonjour.Je peux vous dire que des joueurs de la trempe de Krimo,sont devenus rares de nos jours,pour ne pas dire autre chose.C’est un grand Monsieur du foot.Je lui souhaite une longue vie,et un prompt rétablissement à un autre grand Monsieur du foot Abderahmane Meziani.Said.

répondre


Le 25.09.2008 à 15h36
Krimo Rebih, ancien joueur de l’USMA et mmembre fondateur de l’équipe ALN : Que reste-t-il de notre football ?

on parle toujours de football, negligeant les autres disciplines sportives., le football agerien a besoin de former , de creer dans chaque divions ville, quartiers etc,...des ecoles de football pour tout age...la formation, les stages etc...aussi dans toutes disciplines...le football algerien , le sport en general ne senble pas etre une prioritee pour l etat algerien et pourtant....la creation d emplois, la formation et surtout s occuper des jeunes filles et garcon qui s ennuient a mourir....l etat as de l argent beaucoup d argent et pourtant on construit presque pas sauf dans les grandes villes...et les petites communes ???? pourquoi on construit en oliant les handicapes et les filles ???? combien de piscines existent en algerie ??? alors arrter de parlewr que de football...nous s avons que les vrai footballeurs comme monsieur krimo...n ont aucunes autoritee pour changer, aider ce football algerien...depuis 1982 rien ne vas plus...faut t il attendre le president de l a republique...je ne le pense pas....il faut juste des vrai managers a la tete de ce football et de ces disciplices laisser, abandonner...

répondre
Krimo Rebih, ancien joueur de l’USMA et mmembre fondateur de l’équipe ALN : Que reste-t-il de notre football ?

Je suis d’accord avec vous, sauf lorsque vous dites que rien ne va plus chez nous depuis 1982. Hélàs, je crois que chez nous tout a commencé à dégringoler en 1962, concrètement le 5 juillet 1962. A quoi nous sert cette indépendance pourrie ? je préfèrerais être esclave des français plutôt que sujet de ces personnages qui nous gouvernent. Siabd Elmadjid





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