L’ agression contre la population de Ghaza se poursuit
Ni les complaintes et vains cris de la « rue arabe » ni les appels bruyants et incessants de la communauté internationale à un cessez-le-feu immédiat ne semblent avoir aucune prise sur le gouvernement israélien, résolu à aller jusqu’au bout de son expédition punitive à Ghaza.
Hier, dixième jour de l’agression israélienne, cinquante Palestiniens ont été tués. Parmi les victimes, figurent douze enfants tués à Ghaza et Jabaliya. L’agence AFP qui cite le chef des services d’urgence de Ghaza, Mouawiya Hassanein, fait état de 555 Palestiniens tués et 2700 autres blessés depuis le lancement de l’offensive israélienne.
Cinq membres d’une même famille ont été tués par un obus tiré sur leur voiture par un des chars qui ont pris position à 3 km au sud de Ghaza-ville. Trois ambulanciers qui tentaient de porter secours à des victimes ont été fauchés à l’est de Ghaza, selon le Dr Hassanein. Les troupes israéliennes, appuyées par des bombardements de l’artillerie et de l’aviation, ont avancé en profondeur dans plusieurs secteurs du territoire contrôlé par le Hamas, où elles avaient pénétré samedi soir après une semaine de frappes aériennes. Les blindés avaient notamment pris position sur l’axe Salaheddine, la principale route nord-sud du territoire, isolant la ville de Ghaza du Sud. Des troupes israéliennes ont également progressé vers la périphérie de Ghaza, notamment dans le quartier de Zeïtoun (est), où des combats ont été signalés. Des affrontements ont également eu lieu dans la journée près des localités de Jabaliya, Beït Hanoun et Beït Lahya, dans le Nord. Les bombardements ont baissé d’intensité dans la soirée alors que les vols d’avions militaires israéliens continuaient. Fort du soutien franc que lui ont apporté les Etats-Unis et accessoirement l’Union européenne, le Premier ministre israélien sortant, Ehud Olmert, a refusé d’arrêter l’offensive et affirmé, lors d’entretiens téléphoniques avec les présidents russe Dmitri Medvedev et français Nicolas Sarkozy, qu’« Israël ne peut pas stopper ses activités militaires avant d’avoir atteint les objectifs qu’il s’est fixés ». La bande de Ghaza (362 km2, 1,5 million de Palestiniens), sous embargo depuis plus d’un an et demi, se fait piège à rats. A la boucherie perpétrée par le Tsahal sous le regard impuissant de la communauté internationale s’ajoutent les affres de la tragédie humanitaire.
Antonio Guterres, Haut-Commissaire de l’ONU pour les réfugiés, a demandé hier l’ouverture des frontières de la bande de Ghaza pour permettre aux Palestiniens qui le souhaitent de… fuir. « Les Palestiniens doivent pouvoir fuir la bande de Ghaza et trouver la sécurité dans d’autres pays, conformément au droit international », a déclaré le fonctionnaire onusien. « Les Palestiniens qui veulent quitter Ghaza ne devraient pas en être empêchés », a-t-il insisté dans un communiqué. « Les lourdes pertes subies par des civils innocents, dont beaucoup d’enfants, brisent le cœur », se désole le Haut-Commissaire. L’Egypte, dont la position officielle a « courroucé » l’opinion arabe, tente le rachat. Les autorités du Caire ont annoncé lundi la réouverture du terminal de Rafah après un arrêt momentané « en raison des raids intensifs israéliens ». Des blessés palestiniens ont été évacués et des camions d’aide médicale ont transité par le passage de Rafah, selon des sources officielles qui ont affirmé que ces opérations se poursuivent. Le porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères avait nié, dans des déclarations à la presse, la fermeture de Rafah du côté égyptien, déclarant qu’il était maintenu ouvert pour des raisons humanitaires depuis le début de l’agression israélienne. Il a martelé que l’Egypte « n’a pas fermé et ne fermera pas le terminal », précisant que la partie égyptienne « a acheminé de grandes quantités d’aide humanitaire envoyées de partout ». L’Egypte, a-t-il dit, n’empêchera pas l’entrée des équipes médicales et de secours qui le désirent mais « c’est sa responsabilité qui est engagée du fait des raids et autres opérations militaires ». Le président français, Nicolas Sarkozy, en tournée éclair au Moyen-orient préfère, lui, accabler les victimes. Arrivé dans la soirée à Ramallah après une étape en Egypte, pour s’entretenir avec le président Mahmoud Abbas et Ehud Olmert, le président français déclare : « Le mouvement islamiste Hamas a agi de façon irresponsable et impardonnable en décidant de ne pas renouveler la trêve et en reprenant les tirs de roquettes contre Israël. »
Si l’incursion israélienne dans la bande de Ghaza soulève l’opposition internationale, outre- Atlantique, on ne pointe pas officiellement de doigt accusateur sur Israël. « Cette offensive terrestre s’inscrit dans une opération d’ensemble », a déclaré, samedi soir, le porte-parole de la Maison- Blanche, Gordon Johndroe, avant d’expliquer que les autorités américaines continuaient « à dire clairement leur souci des civils et de la situation humanitaire ». Le maire de New York, Michael Bloomberg, en visite à Ashkelon dimanche matin, ville « ciblée » par le Hamas, s’égosille : « Si j’étais à la place de ce pays (Israël), j’aurais tout fait pour défendre mes habitants. » Le Hamas l’a accusé en retour de « partialité totale » en faveur d’Israël. M. Abbas, attendu à l’ONU à New York aujourd’hui, a appelé à la fin « immédiate et sans condition » de l’offensive. Mais à Washington, le président George W. Bush a dit « comprendre » le désir d’Israël de se défendre et estimé que tout cessez-le-feu devait comporter des conditions empêchant le Hamas de tirer des roquettes. A New York, le ministre palestinien des Affaires étrangères,Riyad Al Malki, a déclaré que les Etats arabes allaient proposer un nouveau projet de résolution au Conseil de sécurité afin d’obtenir un cessez-le-feu durable à Ghaza.
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